Il y a une vingtaine d’années l’Eglise Catholique était encore très rigoureuse dans son refus d’accueillir des chrétiens divorcés au moment d’un second mariage civil. En 1981, le pape Jean Paul II a répété l’interdiction de toute cérémonie ( religieuse ) en faveur des divorcés qui se remarient. La raison, dit-il, est le risque de nier « l’indissolubilité du mariage contracté validement ».
Souci des pasteurs de l’Eglise
Le pape ne peut pas pourtant faire fi du souci pastoral envers la foi (éventuelle ) de ces divorcés. Il continue à les appeler à « participer à la vie de l’Eglise », cela demeure même une exigence de leur baptême. ( Cette reconnaissance de la dignité baptismale va donc à l’encontre de la pratique ancienne ré-exprimée encore dans le Catéchisme (romain ) de l’Eglise Catholique, en 1992, avec les termes infamants d’« adultère public et permanent » pour ces chrétiens ! )
Dès cette année-là, pour ce qui est de la France, les évêques relancent leur appel aux divorcés remariés pour les « services ecclésiaux » qu’ils pourraient assumer. Quelques uns, même, élaborent, dans la pastorale familiale de leurs diocèses, des formes d’accueil dans des assemblées priantes, « pour les couples blessés dans leur amour ». Et en 2002, l’épiscopat français prend acte que, de plus en plus, des divorcés remariés veulent être accompagnés par la prière de l’Eglise dans leur nouvelle union conjugale. Une telle prière est possible, disent-ils, avec et pour ces personnes qui demeurent membres de l’Eglise ( avec le discernement convenable pour éviter les ambiguïtés éventuelles ).
Ces nouvelles pratiques pastorales en faveur des divorcés remariés demande un ré-examen des présupposés.
Il y a d’abord à entendre la réflexion d’aujourd’hui sur « l’institution matrimoniale », c’est à dire l’ensemble des comportements et des règles admis dans notre société en ce domaine. Autant la société doit veiller à la force et à la stabilité des couples et des responsabilités parentales, autant elle est en droit de réglementer les situations où des couples se défont au terme de leurs décisions de conscience. Alors l’Eglise arrive à dire qu’un divorce sérieusement motivé n’est pas une offense grave à ce qu’elle appelait naguère « la loi naturelle », une loi qui imposerait l’indissolubilité conjugale envers et contre tout.
Il y a ensuite à examiner ce qu’on entendait par « sacramentalité du mariage religieux ». L’Eglise peut tenir plusieurs approches différentes. Dans la ligne biblique de la création, on peut souligner le rapport entre l’amour dans le couple et la tendresse de Dieu pour les humains ; le mariage est alors symbole de cette alliance fondamentale et on peut parler de « sacramentalité naturelle du mariage ». Ensuite la révélation apportée par le Christ ouvre un espace nouveau : elle donne une autre signification au mariage, tant du côté du Dieu Amour que du côté de la mémoire de Jésus dans l’Eglise ; c’est la « sacramentalité des signes de l’Alliance en Christ ».
Dans l’existence de chaque croyant, certains de ces signes sont célébrés une seule fois : ainsi le baptême, la confirmation, l’ordre ( pour les ministres), le mariage. D’autres sont répétés : l’Eucharistie, le pardon des péchés. Mais que la signification religieuse soit « naturelle » ou « ecclésiale », les deux peuvent être célébrées dans la prière, l’action de grâce et le désir d’avenir, tant au niveau personnel qu’au niveau conjugal et communautaire.
La célébration de la nouvelle union conjugale
Il s’agit de célébrer l’amour et la foi chrétienne. Célébrer : exprimer publiquement une réalité humaine très précieuse. Et cela dans la foi au Christ dont l’Incarnation ( le lien à la « chair » ) a renouvelé le sens de toute humanisation.
Cette célébration s’efforcera d’éviter toute ambiguïté. Certains sacrements de la nouvelle Alliance en Christ ne se renouvellent pas, comme on l’a dit. Mais le lien de l’amour humain à l’amour de Dieu peut se ré-exprimer dans la situation nouvelle des époux. Le moment et le lieu de la célébration seront déterminés par le souci de réaliser une démarche collective de croyants ( le faire-part précisera cela ). Un prêtre peut y être présent, il participe à la recherche et à l’expression des gestes, des symboles, des paroles de bénédiction ( bénir = dire du bien ) en l’honneur de l’amour et de l’attachement au Christ.
Le déroulement de la célébration se fera en plusieurs temps. On peut envisager : un temps d’accueil des époux et de l’assemblée, un temps de paroles qui donnent sens à la rencontre ( textes sur l’amour conjugal, parental, sociétal… et textes de la Bible ) ; un temps de partage sur les manières de vivre aujourd’hui l’amour du conjoint et l’amour du prochain ; un temps pour s’adresser à Dieu avec sa joie et ses désirs, pour soi, pour le monde.
« Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu » ( 1ère lettre de Jean, 4,7 ).
( Loïc Collet )