La tornade de feu d’un coup l’a desséché.
Sa femme est morte.
La tornade de feu a dévasté son champ.
Sa femme est morte.
La tornade de feu n’a laissé que des cendres.
Sa femme est morte.
Le feu l’a poursuivi jusqu’en son puits,
jusqu’au fond où la boue
s’est figée dans une croûte dure.
Sa parole n’a plus d’écho.
Ses larmes ont perdu leur source.
Le monde n’a plus d’âme.
Dans sa naïveté un enfant s’approche.
Il aime les grands qui se taisent.
« Elle m’a appris des mots, dit-il,
dans les marges de mon cahier de lecture ».
A ce moment, au bord du champ,
un saxifrage se glisse entre deux pierres.
Sur la pointe des pieds une amie passe là
et se penche sur la margelle du puits.
Une larme tombe sur la croûte.
Au fond de lui l’homme se met à trembler.
Comme si un sceau se brisait
et qu’un cri se formait dans l’ouverture.
D’autres s’encouragent à traverser le champ,
avec leur poids de peine et leur charge de soleil.
La terre est meuble, les graines tombent des lèvres,
le jardin renaît des ruisseaux voisins,
la croûte dans le puits se dissout,
l’eau se met à monter aux parois.
Les larmes de l’homme à la fadeur des jours
viennent ajouter leur sel au banquet qui s’annonce.
Sur la margelle est posée la couronne nuptiale.
Le soleil est à la verticale sur l’eau
arrivée à ras bords, pour s’épandre
et baigner de joie la femme plus que vive.
Loïc Collet