Pourras-tu mûrir dans ta bogue d’hiver,
corps hanté de la demi-nuit des pierres ?
Le rebond des eaux sur la pente
fera-t-il oublier la sensibilité du puits ?
Mes mains sur ton corps en sommeil
montent à la source de tes voeux
et poussent une planche au naufragé.
Tu t’agrippes au poisson-volant.
Tu crois que je voyage parmi les émeraudes
alors que mes départs ne m’ont pas dépouillé
pour me ramener sans gloire à ton quai.
En moi aussi la mort surprendra quelques fruits verts
et jettera mon épave déchevillée
au cimetière des graines perdues.
Est-ce ton écorce que je touche de la mienne
ou ta chair à la greffe de ma chair fatiguée ?
De quel coté de nous deux est la prison ?
De quel coté la fenêtre éclairée ?
De quel coté n’est que le reflet ?
Je longe ton corps un falot à la main
et l’éclair gicle au coeur de l’immobile,
emporté d’un coup vers les routes sans terme,
vers les caravansérails du merveilleux.
Tu me conduis chez le tailleur de pierre,
les gisants se dressent dans leur robe de marbre,
le lys embaume entre leurs doigts
et la couronne revient à qui de droit.
Loïc Collet