2 - JOSEPH D’ARIMATHEE

En ce milieu d’après-midi, le gouverneur romain somnole dans son palais. « Palais », c’est un grand mot pour désigner la solide bâtisse qui lui sert de poste de commandement, une petite forteresse accolée au mur nord du Temple. De là Pilate surveille les mouvements de foule sur les esplanades, car l’agitation du peuple est son premier souci.

 

 

Il se repose parce qu’il a mal dormi la nuit dernière. Hier il a dû juger une affaire où il ne comprenait pas grand chose. L’affaire d’un agitateur populaire, un certain Jésus de Nazareth, que les notables du Temple voulaient éliminer. Il l’a interrogé. Il ne lui semblait pas que cet homme était dangereux, même s’il choquait ses coreligionnaires par ses propos sur son « Dieu ». Pour un haut fonctionnaire romain, ce ne pouvait être qu’un illuminé, comme tant d’autres dans ces régions orientales de l’Empire !

 

 

Mais Pilate avait senti une inquiétude monter en lui. En pleine séance de jugement il avait vu arriver un de ses serviteurs avec un message de sa femme : « Ne te charge pas de condamner cet homme, j’ai de sombres pressentiments… «. Et surtout les chefs du Temple étaient parvenus à présenter ce Jésus comme un tel révolté contre Rome que c’était impossible de leur faire entendre raison  et d’éviter que les pires rumeurs n’arrivent à l’empereur. La politique la plus réaliste était de supprimer le gêneur. Et la mise à mort de ce rebelle doit être terminée, en ce début d’après midi.

 

Pilate est encore un peu troublé quand un garde lui annonce qu’un Juif demande d’être reçu. Le représentant de Rome se méfie. Mais il ne peut refuser. L’homme qui veut le voir est  réellement un notable. Il est membre du Conseil suprême de la communauté juive, Conseil qui siège dans une dépendance du Temple sous le nom de Sanhédrin.

 

L’homme se présente : Joseph d’Arimathée. Il fait une démarche en son nom propre, et non pour un groupe officiel. Il demande de pouvoir ensevelir le corps de Jésus. Pilate s’interroge sur les motifs de cet homme. Est-ce quelqu’un qui a été touché par la prédication de l’homme de Nazareth ? Ou simplement un Juif pieux qui ne peut laisser un mort sans sépulture, comme le personnage de Tobit, en grande estime dans toutes les mémoires nourries de la Bible ?

 

Pour le moment, Pilate ne pense qu’aux précautions à prendre. D’abord s’assurer que le supplicié est mort. Il fait venir l’officier, Rufus Gallus, qui le confirme. Ensuite il s’enquiert exactement de l’appartenance de Joseph d’Arimathée au Conseil du Sanhédrin. Il ne sait pas si cette démarche est approuvée par les autres membres du Conseil. De toute façon il y a ce Joseph qui rendrait des comptes s’il y avait un problème. Et il vaut mieux passer par ce notable que par des inconnus pour s’occuper du cadavre. Pilate permet de prendre le corps pour l’inhumer. Un de ses hommes va accompagner Joseph d’Arimathée.

 

( à suivre )                                                                            Loïc Collet

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