En Avril 2007, Mgr Centène, évêque de Vannes ( Morbihan ), intervenait aux Assises diocésaines « Evangélisation – Pastorale – Jeunes –Vocations «. Son objectif était de préciser ce qu’il entend par « Evangélisation ». « J’ai beaucoup réfléchi à cette question, dit-il. Ce sont des thèmes que je porte depuis longtemps et qui me tiennent à coeur «. Sans vouloir décrypter ici les courants de pensée dans lesquels il a baigné, nous pouvons relever les principaux points de son intervention et émettre des réserves.
1er point : « Il faut … que l’évangélisation annonce un message explicite »
Notre évêque ne conteste pas que « l’annonce de la bonne nouvelle… doit être mise en évidence par le témoignage de notre vie ». Mais il doute de cette « mise en évidence ». Il n’y trouve que de « l’implicite ». Le message de l’Eglise est « inaudible », dit-il, tant que la bonne nouvelle n’est pas proclamée « ouvertement » avec les mots qui reprennent « le Nom de Jésus, son Enseignement, sa Vie, son Mystère et son Règne ».
Sans doute il admet qu’il faille un « apprentissage » des symboles, des pratiques et des rites de la foi chrétienne. Mais cet apprentissage n’est pas, pour lui, le cheminement qui met en connivence la vie humaine et l’esprit de l’évangile. L’apprentissage, c’est l’initiation au langage des chrétiens. Ainsi, dit-il, celui qui ne connaît pas la langue des Egyptiens d’autrefois ne comprend pas leurs hiéroglyphes. L’évangélisation serait donc l’explicitation verbale de ce que les chrétiens pensent. L’implicite doit disparaître, on sait de quoi on parle et on le fait savoir ! C’est, dit-on, la nouvelle évangélisation.
2e point : « Il faut que l’annonce… soit attrayante pour l’intelligence, pour la raison et pour le cœur » ».
L’objectif semble large : satisfaire à la fois l’intelligence et le cœur. Or il n’y en a, dans l’exposé de l’évêque, que pour l’intelligence. L’axe de l’argumentation est présenté comme ceci : « Il faut être persuadé que l’intelligence humaine est faite pour la vérité et que le Christ est la Vérité ». C’est le langage « totalitaire » ( on le trouve aussi dans d’autres groupes religieux ) : on réduit le Christ à la notion abstraite de « vérité « ( le terme de l’évangile de Jean fait oublier tous les autres ! ), on réduit l’intelligence humaine à la maîtrise de la « vérité » ( quel penseur moderne prétendrait cela ?) et on lie les deux domaines au bénéfice de l’Eglise.
On parlera alors de la « certitude « de la foi et non plus de la foi-confiance, qui tient dans l’obscurité de l’esprit humain et l’assurance en Dieu. On ne pourra pas admettre non plus que l’intelligence de nos contemporains se refuse à la foi, puisqu’elle est « faite pour la vérité » ! Si cela arrive, allons-nous leur reprocher de renier leur intelligence ? Peut-être, dit l’évêque, avec une modestie apparente, « nous leur présentons mal » la foi chrétienne ! C’est la fameuse position de certains dirigeants d’aujourd’hui : « Mes idées sont les bonnes. Si les gens ne les acceptent pas, c’est parce que je n’ai pas su expliquer, je n’ai pas su communiquer ! « L’évangélisation, pour ceux qui possèdent la « vérité », devient un problème de communication…
3e Point : « L’annonce doit être une annonce intergénérationnelle «.
Il faut, dit l’évêque, « aujourd’hui recréer un tissu social qui puisse faire grandir ». Il est très sensible aux écarts entre l’adhésion des jeunes et celle des adultes à la foi. Il donne son interprétation : « Il n’y a pas d’identité chrétienne sans mémoire ni sans culture ».
Quelle mémoire ? L’évêque ne précise pas la différence qu’il y a entre la mémoire d’un peuple et la « tradition », telle qu’on l’entend dans l’Eglise, la manière dont la foi se transmet. Quelle culture ? Il n’explicite pas non plus ce qu’il appelle la « culture », pour l’ensemble des chrétiens. L’exemple qu’il donne laisse rêveur : « On peut penser aux Pardons, aux Calvaires…au chemin de croix de C… Mais le dimanche des Rameaux où plus de 2000 personnes sont présentes à C., il n’y a pas de jeunes. C’est dommage ». Il ne se demande pas si les jeunes ont des raisons d’éviter ce genre de manifestations…
C’est une belle intention que de souhaiter « inscrire notre foi et la foi des jeunes dans le temps, dans le cycle des générations ». Mais l’évangélisation demanderait autre chose qu’un langage unique, unique parce que abstrait, pour atteindre l’oreille des gens de tous âges. Elle demande plutôt aux différents catégories de chrétiens de conformer leur vie concrète, professionnelle, familiale, culturelle, politique… et l’esprit de l’évangile recherché ensemble au nom de l’amour du frère et de l’amour de Dieu. Mais cela, c’est une pastorale plus large et plus profonde que la mise en mots aux moments favorables.
Quant à la « certitude »… écoutons plutôt Christiane Singer peu de temps avant sa mort : « Le jardin où Dieu se promène chaque matin… pour décrire ce jardin il n’est que ce vers d’un jeune poète israëlien « Là où quelqu’un a eu raison l’amandier ne fleurira pas l’an prochain ». J’habite le jardin où personne ne prétend avoir raison et où les arbres plient sous le poids des fleurs ».
Loïc Collet