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En Décembre 2007, doit se tenir à Lisbonne une négociation entre l’Union Européenne et les représentants des intérêts commerciaux des Etats africains. Il s’agit de prolonger les relations commerciales entre les deux parties, relations établies à Lomé en 1975 et dont le dernier cycle se termine à la fin de Décembre de cette année. Il s’agit de conclure de nouveaux « Accords de Partenariat Economique » ( APE ).
L’Europe avait voulu ouvrir largement son marché aux exportations agricoles de ces pays dits ACP ( Afrique, Caraïbes, Pacifique ). Effectivement 90% de leurs exportations agricoles entrent actuellement sans frais de douane en Europe. Il faut dire cependant que ces entrées constituaient 6% du commerce total de l’Europe vers 1970, elles ne sont plus que 2% actuellement. C’est dire le peu de commerce qu’il y a avec ces pays ACP !
Pas de barrières !
Il y a pourtant trop de barrières encore entre les deux parties, pense l’Union Européenne. Elle consentirait pour sa part à une libéralisation totale des échanges agricoles, elle supprimerait toutes les taxes douanières en ce domaine sur son territoire. Mais pour compenser cet effort des Européens, elle demanderait aux pays ACP une baisse de leurs tarifs douaniers dans tous les domaines ( industries, services, capitaux… ). L’objectif de la rencontre de Lisbonne serait d’arriver à 80% des échanges commerciaux sans taxes d’ici 2020. Ce ne serait pas encore le libre-échange absolu, mais on y avancerait vigoureusement !
Les économistes de service n’ont pas précisé quels produits seraient détaxés et à quel taux. Mais les projections calculées pour atteindre l’objectif font craindre une baisse réelle des finances publiques de l’ordre de 10%, pour ces pays Afrique-Caraïbes-Pacifique, et la mise en péril des productions locales par des produits européens, souvent subventionnés ou s’imposant par des technologies imbattables.
Promesses de compensations
Les Européens répondent qu’ils augmenteraient leur aide au développement pour compenser ce qui manquera aux Etats. Il s’avère que les sommes promises ne vont guère au-delà de ce qui est programmé pour financer ce qui existe déjà. Si les ressources propres des Etats diminuaient, ce serait encore certaines dépenses qui seraient sacrifiées, en particulier les dépenses pour la santé, l’éducation, le développement des campagnes…
L’Organisation Mondiale du Travail veille. Elle ne renoncera pas à viser la libéralisation totale des échanges entre tous les pays, même si les délais peuvent être allongés pour les pays les moins avancés ( PMA ). Il est tragique, par exemple, de voir certains pays africains demander à l’OMC une « dispense » pour ne pas signer ces Accords de Partenariat Economique à la prochaine rencontre de Lisbonne !
Résistances
Quelle résistance sera possible ? De nombreuses manifestations se sont produites depuis deux mois dans des villes d’Afrique et d’Europe. Les positions sont claires, comme cette déclaration d’Eglises d’Afrique australe et orientale : « Les ACP se sont avérés être des accords de libre-échange, qui auront un impact nuisible sur notre agriculture et notre sécurité alimentaire, sur les industries naissantes ainsi que sur les ressources naturelles. Toute politique économique, y compris une politique de commerce international, devrait être en premier lieu orientée vers un développement durable et une croissance équitable bénéfiques pour le peuple » ( cité dans la revue « Faim et développement », Nov. 07, p.19 ).
Loïc Collet