DES MUSULMANS ET BENOIT XVI

A la fin du dernier Ramadan, plus d’une centaine de responsables de communautés ou d’institutions islamiques ont adressé au pape de l’Eglise catholique un appel au dialogue pacifique entre les deux religions. Ils l’ont fait sur la base d’un autre appel lancé un an auparavant, après une conférence faite par Benoît XVI à Ratisbonne, en Allemagne. C’est dans cet appel de Septembre 2006 que l’on trouve les questions principales qui seraient à débattre. Reprenons-les.

 

1 - La Transcendance divine

 

Le pape, dans sa conférence, avait repris l’affirmation fréquente : « Pour la doctrine musulmane… Dieu est absolument transcendant ».

 

Les théologiens musulmans contestent le simplisme de l’expression. Le Coran dit, par exemple, que Dieu « est avec vous où que vous soyez », qu’il est « plus près de l’homme que sa veine jugulaire », qu’il est « l’ouïe, la vue, la main et le pied » pour le serviteur qu’il aime, qu’il est « la Lumière des cieux et de la terre… «  Autant d’expressions qui disent davantage les relations que l’absolu.

 

Le pape avait dit également, en suivant des islamologues modernes et un musulman du 11e siècle, que « la volonté  ( de Dieu ) n’est liée à aucune de nos catégories, fut-ce celle qui consiste à être raisonnable ».

 

Les porte-parole de l’islam remarquent, d’abord, que ce musulman du 11e siècle est « une figure marginale » qui n’a plus « aucun adepte ». Et surtout, après avoir écarté le terme « catégories », ils rappellent que selon le Coran Dieu a un grand nombre de « qualités », soit éminentes en lui ( la miséricorde étant un de ses Noms les plus usités ), soit présentes dans « certaines de ses Créatures ».

 

Les questions à reprendre dans un dialogue seraient :

- Comment parler de la transcendance divine tout en utilisant l’expérience humaine comme point de départ d’un langage métaphorique sur Dieu ?

- Peut-on, en langage rationnel, affirmer quelque chose sur Dieu ? ( « categorein » : terme grec désignant les structures de l’esprit qui permettent d’affirmer ce qui est).

Et peut-on énumérer des « qualités » de Dieu, sans en faire des attributs divins inconciliables avec l’unité divine ?

 

2 - La raison

 

Le pape avait développé longuement les rapports entre la foi chrétienne et la raison. D’après lui, l’harmonie s’est faite, dès le départ du christianisme, grâce à l’utilisation de la philosophie grecque,  au point que la synthèse se trouve déjà dans l’évangile de Jean : «  Au commencement était le Logos et le Logos est Dieu ». Le Logos désignant à la fois la raison et la parole, c’était déjà, selon le pape, la rencontre « entre la philosophie des Lumières et la religion » !

 

Les théologiens musulmans n’entrent pas dans cette histoire des tensions entre « raison » et « foi ». Ils affirment que pour l’Islam, dans « la hiérarchie du savoir… la raison occupe une place cruciale ». Et l’Islam, disent-ils, a « maintenu la correspondance entre les vérités de la révélation et les exigences de l’intelligence humaine ».

 

 

Les questions à reprendre dans le dialogue seraient :

- Dans quelle mesure le terme johannique de « Logos » permet-il de synthétiser la raison ( grecque ou ensuite ) et la parole biblique ?

D’autre part, quelle est cette « place cruciale » de la raison dans l’accueil du Coran ?

- Entre les « vérités » des révélations biblique ou coranique et les « vérités « de l’intelligence humaine, y a-t-il correspondance, dissonance, écarts nécessaires, conflits prévisibles… ?

Unité ou pluralité des opérations de l’esprit humain au sujet de Dieu ?

 

3 - La contrainte en religion

 

Le pape rapporte qu’un empereur byzantin du 15e siècle a dit de Mahomet  qu’ « il a prescrit de répandre par l’épée la foi qu’il prêchait ». Cet empereur, par contre, soutenait que le chemin de la foi doit se faire sans « recourir à la violence et à la menace ».

 

Les théologiens musulmans assurent que « l’expansion de l’islam… s’explique en grande partie par des activités de prédication » et que la conversion forcée n’a été que « l’exception ».

 

La question à reprendre dans le dialogue demeure :

- Peut-on s’entendre sur la liberté de conscience en matière de religion et sur ses conséquences dans la loi civile à l’égard de tout citoyen ?

 

4 - Les « spécialistes « 

 

Le pape utilise ses travaux personnels sur la question Foi-Raison et ceux de deux universitaires catholiques, « spécialistes de l’islam ».

 

Les 38 Musulmans qui lui écrivent sont : 7 Professeurs d’université, 11 Muftis, 10 responsables d’Instituts Islamiques, 5 de Hautes Autorités Islamiques, 3 Chargés d’Affaires culturelles et religieuses, 2 Imams.

 

La question pour le dialogue serait :

-  Quelle habilitation ? Qui accorde l’habilitation ? pour que les participants d’un dialogue  interreligieux représentent réellement leur religion respective ?

 

Pour le moment, et pour  l’Eglise catholique, le cardinal Tauran, président du Conseil (romain ) pour le dialogue interreligieux, a déclaré qu’un dialogue théologique n’est pas possible avec l’Islam «, actuellement, à cause des divergences sur la manière de recevoir et de lire les Ecritures », la Bible pour les uns, le Coran pour les autres. N’est possible pour lui que le « dialogue des oeuvres » dans la fraternité, « le dialogue des spiritualités » vécues dans des consciences différentes, et « le dialogue de la prière ».

 

La lettre des 38 signataires à Benoît XVI augure d’un autre dialogue, qui pourrait parler certes d’« erreurs » commises par le pape, mais qui pourrait, peut-être un jour, parler de convictions communes, de reconnaissances mutuelles et de questionnements nouveaux de part et d’autre.

                                                                                                    Loïc Collet

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