IMAGE, IDOLE, ICONE

Parcourir, aujourd’hui, une exposition d’art, c’est souvent faire un long chemin dans la manière de représenter le monde. Quand on s’attend à des tableaux à deux dimensions on trouve des compositions disposées en volume. Quand on cherche un titre sur le « sujet « on reste en suspens devant les «  Sans titre » ou on lit un poème qui semble parler d’autre chose. Quand on désire se déplacer « devant » les oeuvres, dès le premier pas on est embarqué dans des  dispositions inattendues de l’espace. Cela peut nous amener à reconsidérer trois termes : image, idole, icône.

 

Image 

 

L’image technique est le premier niveau de la reproduction artificielle des objets, elle a comme effet de représenter sur un support matériel ce que le regard ( ou un autre sens ) donne comme représentation mentale des réalités concrètes. Ce travail, qui capte les rayons lumineux, ou les ondes sonores ou les effluves… se veut au plus près de la sensation éprouvée. Mais on sait aussi que l’image trouve aujourd’hui de nouveaux  supports ( après le bois, la pierre, l’étoffe, le papier… ) et peut être décomposée ( le numérique ) et recomposée artificiellement ( l’image de synthèse ).

 

L’image est de moins en moins une copie d’un objet ( on parlait d’homologie entre les deux ) et de plus en plus un langage sur le monde ( on parle d’analogie entre les deux ). Les rapports entre le langage et la réalité évoluent rapidement. On a déjà fait remarquer que dans nombre d’expositions artistiques le « sujet « a perdu ses contours repérables par les sens. Il explose en une multitude de formes. D’une certaine manière il se dématérialise. En même temps, on voit que les mots, qui assurent un minimum de compréhension intellectuelle des oeuvres, sont mis aussi en forme plastique, comme en témoigne le succès du « livre d’artiste ».

 

L’image joue son rôle de passage du sensible à l’invisible. Mais quel invisible ? Il est traditionnel de dire que l’image produite par un artiste est l’expression de ce qui l’habite son psychisme. Mais on n’en est plus à concevoir l’imaginaire comme un réceptacle qui restitue mécaniquement ce qu’il contiendrait comme pré-réalisations. L’image artistique n’est pas prévisible, elle n’est pas une combinaison nécessaire d’éléments préexistants, elle est la réaction vitale d’un sujet au contact d’une matière, elle est une création de formes induites sous l’effet de l’ébranlement de tout le psychisme.

 

Pour autant, l’œuvre ne parle pas d’elle-même. Sans doute sa nouveauté est toujours une invitation à goûter le monde autrement. En ce sens elle s’adresse au « spectateur ». Mais si elle fait parler, ce ne sera pas un chemin de mots exhaustifs reçus d’un interprète quelconque. Tout au plus, la parole pourra se disposer  « parallèlement «  à l’oeuvre plastique, en particulier la parole poétique qui lorgne de ce côté, tout en gardant librement sa mélodie en contrepoint.

 

 

Idole 

L’image est une réalisation précaire mais nécessaire pour que l’absence ne soit pas le vide absolu, pour que l’expérience du monde ne s’efface pas sous les coups du temps, pour que l’on continue à vivre. C’est dans ce désir que les hommes ont fabriqué des objets qui leur signifient l’existence des « dieux ». C’était, au départ, les représentations de ce qui assurait la survie, le gibier, le soleil, la fécondité… C’était les images du désir et de la nécessité, des images tant investies de vie qu’elles paraissaient habitées par les dieux eux-mêmes.

 

L’idole est donc une image qui représente la divinité qu’on honore  ( on « adore  « ) comme si elle était la divinité elle même. Elle est l’apaisement fantasmatique du besoin de maîtriser les aléas de l’existence. Tenir quelque chose de la « source de vie ».

 

Les religions ont mené, chacune à sa manière, leur discernement sur l’illusion de l’idole. Le Premier Testament, dans

la Bible, a intégré les croyances aux dieux en les qualifiant de démons  et en les subordonnant au Dieu unique. C’est aussi la positon de l’Islam. Plus tard, le christianisme a mené un débat sur la place des images dans la foi chrétienne : ou interdiction de toute image ( iconoclasme ), ou production d’images spécifiques, les « icônes ».

Icône 

L’icône est une image très particulière. Non pas parce qu’elle s’impose massivement dans une partie du christianisme, les Eglises orientales. Mais parce qu’elle prétend faire plus que désigner un personnage religieux, elle en assure la présence, elle en fait le lieu de l’hommage au Dieu révélé en Jésus Christ.

 

Le débat sur le sens des icônes a duré près de trois siècles dans les Eglises chrétiennes. Il s’est terminé, en principe, au 2e concile de Nicée, en 787. Prenant acte de la croyance en l’incarnation de Dieu en Jésus Christ, il a vu dans l’icône le prolongement de cette incarnation. Au point que l’icône n’est pas seulement une apparence, nous dit-on, mais un chemin vers son modèle divin et la rencontre avec la personne réelle du Christ à adorer ( en distinguant la « lâtrie », le culte dû à Dieu, et la « dulie », le culte des saints).

 

Alors que l’icône demeure dans plusieurs Eglises ( surtout orientales ) l’approche la plus juste du mystère divin et que sa fabrication, avec ses règles et ses symbolismes, est une suite d’étapes spirituelles, beaucoup de Chrétiens ont  relativisé l’importance des images religieuses ( jusqu’à les récuser, dans certaines Eglise protestantes ). Les images, issues de l’histoire du christianisme, continuent tout de même à rappeler l’historicité de cette foi et des personnages qui l’ont présentée. Elles permettent, par leur impact sur l’imaginaire et l’affectivité, de protéger la parole de la sécheresse qui la menace toujours et de garder en mémoire les témoins qui  l’ont fait vivre.

 

N. B. On utilise ces mots,  au sens figuré :

- Dans les medias, l’idole est une personne ou une chose, objets d’un amour passionné, d’un culte, d’une sorte d’adoration

- En informatique, l’icone  est un élément graphique qui représente à l’écran une commande, un programme ou un fichier.

 

Loïc Collet

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