LA MISE AU TOMBEAU

Tous les curieux sont descendus du rempart et ont disparu dans les ruelles de la ville. Ils ont eu leur part d’émotion et de sang. En même temps, plusieurs repartent avec une pointe de déception : ce n’est pas encore cette fois-ci que les Romains auront des adversaires à leur niveau ! Ils les suppriment l’un après l’autre !

Il ne reste là que Menahem et Eleazar, ils n’ont sans doute pas fini leur tâche. Quelques instants après la mort du Nazaréen et le coup de lance du soldat, ils ont été étonnés de voir l’officier romain quitter les lieux, en y laissant ses hommes. Habituellement les cadavres ne restent pas longtemps sur les croix. Si personne ne les réclame, ils sont jetés à la fosse commune.

L’absence a été longue mais l’officier revient. Il ne donne aucun ordre. Il semble attendre quelque chose. Attendre peut-être ce petit groupe qui vient de la ville et grimpe lentement vers les croix. Un homme marche devant. Il a un vêtement ample, comme les anciens, avec de larges franges. Il parle à l’officier. Le regard de Rufus Gallus va plusieurs fois vers le corps du Nazaréen. Finalement il s’écarte. La petite troupe commence à séparer du poteau vertical la poutre transversale où le corps est fixé. Et quand le cadavre est à terre ils le détachent et l’allongent sur une toile.

A peu de distance, en direction du soleil couchant, le sol rocheux se relève en une petite falaise. C’est dans cette paroi qu’on a creusé, en pleine pierre, quelques tombes et on les voit bien du rempart. Certaines ne sont qu’une cavité pour un seul corps. D’autres ont un plafond à hauteur d’homme, avec plusieurs banquettes pour une tombe familiale. Toutes sont fermées par une pierre ronde qui roule de côté sur une large rainure creusée dans la roche. La pierre ressemble à une meule de moulin qui broie le grain pour la farine et le pain.

Menahem suit du regard le groupe qui porte le corps vers l’une des tombes. La pierre est sur le côté. Les porteurs entrent dans le sépulcre avec leur charge. Ils ne semblent pas avoir ce qu’il faut pour embaumer le cadavre et l’envelopper définitivement dans un suaire. De toute façon ils n’en auraient pas le temps. Le soleil est bas, la nuit est proche. Et cette nuit, tous les Juifs doivent la respecter. Demain, c’est la grande fête de l’année, la fête de Pâques. La nuit sera un temps d’immobilité et de prière devant la grandeur de Dieu qui veille sur son peuple, même aux temps de violence et de rébellion. Qu’est-ce qu’un cadavre de plus ? et le cadavre d’un impie…

Les hommes sortent du tombeau. A plusieurs ils roulent la pierre dans sa rainure et l’amènent devant l’ouverture. Ils font même un peu de boue pour obturer les interstices entre la pierre et la falaise. L’officier romain et quatre de ses hommes prennent position devant le tombeau. Joseph d’Arimathée et ses amis s’en vont. Ils n’ont pas fini le travail mais la nuit à venir doit être toute à Dieu.

Après un dernier coup d’œil, Menahem et Eleazar descendent du rempart. Satisfaits, rassurés. Le cadavre du Nazaréen est bien là. Et sous bonne garde. Pour le moment.

( à suivre )                                                                 Loïc Collet

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