LE CHANOINE SARKOZY

Le 20 Décembre 2007, le président français Nicolas Sarkozy prend possession de sa stalle de chanoine honoraire dans la basilique de Saint Jean de Latran, à Rome. C’est un titre honorifique qui est reconnu, depuis plusieurs siècles, à quelques chefs de nations dites chrétiennes  dans le passé. C’est aujourd’hui un signe des rapports particuliers que ces nations entretiennent avec le Vatican. Qu’en est-il pour la France ?

 Les différentes rencontres entre le président français et les autorités romaines seront un signal politique livré à l’interprétation des observateurs. Il n’y a pas eu encore de grandes manoeuvres entre la présidence française et le Siège romain, mais cela pourrait se produire.  Nicolas Sarkozy, comme ministre de l’Intérieur, était déjà intervenu vigoureusement pour faire de l’Islam en France un vis-à-vis organisé et responsable collectivement. Il a pu laisser en suspens le ré-examen  des lois de « séparation Eglises-Etat » demandé par les Protestants, parce que la partie catholique ne voulait pas s’y mettre. Maintenant il s’agit, pour le pouvoir politique, de se concilier davantage l’Eglise catholique.

D’abord, il n’est pas inutile, pour Nicolas Sarkozy, d’exprimer de la reconnaissance à cette Eglise dont les trois quarts des pratiquants ont voté pour lui, ainsi que plus de la moitié des non-pratiquants. Ensuite il faudrait éteindre sans tarder le petit incendie provoqué par le refus indigné des évêques de France des lois nouvelles sur l’immigration. Enfin il est temps de passer par-dessus la tête de ces petits évêques grincheux et de traiter par les sommets, de Paris au Vatican.

 

Commencer par se dire ensemble que l’on est, l’un et l’autre, « ouvertement pour l’ordre et le respect de l’autorité «, comme l’a exprimé le cardinal Tauran, responsable romain du dialogue interreligieux. Ensuite, rappeler que les valeurs chrétiennes, constitutives de notre identité occidentale, visent le « bien commun », fait de cohésion sociale, de respect de l’autorité, de soumission à la loi de César, alors que les révolutions jusqu’au dernier soubresaut en 1968 ont « déchiré « le pays.

 

Même la sécularisation peut être reconsidérée. Devant la désaffection de nombreux Français vis-à-vis des normes religieuses, l’Eglise catholique s’est faite plus discrète et s’est consacrée à l’éveil, lent et modeste, des consciences. Mais le pouvoir politique en attend autre chose, ce serait l’appui avoué d’une partie encore importante de la population française à une politique nationale. La communauté catholique aurait un grand rôle à jouer, à côté d’autres religions, d’autant plus que le pouvoir y est facilement atteignable et qu’on connaît ses intérêts.

 

Il ne s’agit pas seulement d’avantages financiers  pour  « l’enseignement catholique » ou de faveurs des municipalités ou des ministères. Il s’agit d’un retour à la vieille séparation du « temporel « et du « spirituel » : les religions s’occupent du spirituel, de ce qui se passe dans la conscience individuelle, l’Etat s’occupe du temporel, des conditions concrètes de la vie, de l’organisation sociale… Les religions n’ont pas à intervenir dans cette organisation de la société, sinon pour compenser quelques lacunes ; l’Etat les financera pour cela, à condition qu’elles soient dociles.

 

Or l’épiscopat français n’est pas encore docile, comme certains politiques le souhaiteraient. Il s’est permis, par exemple, de mener une réflexion sur la mondialisation et de déplorer la « marchandisation « des hommes et des femmes, « l’emprise financière démesurée … au détriment des salariés », la « domination « économique sans limites, la « gouvernance mondiale « ingouvernable raisonnablement… De quoi s’occupent-ils, ces évêques ? Qui leur dira de « se ranger » ?

 

On le saura un peu mieux après la visite de Nicolas Sarkozy à Rome. Le Vatican y gagnera peut-être en image médiatique et en satisfaction d’instance morale de bon conseil. L’Etat français appréciera le bénéfice qu’il pourra tirer de son opinion publique rassurée ou flattée. Puis viendra la réponse de Rome l’année prochaine quand le Pape fera un voyage en France. Certains aimeraient le voir jouer le rôle de sous-secrétaire d’Etat aux affaires sociales  ou de conseiller aux affaires européennes. D’autres espèrent qu’il sera touché par le charisme du prophète, par l’inouï de l’Evangile. De son côté, qu’attend-il, le chanoine Sarkozy ?

 

                                                                                                      Loïc Collet

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