Tous les visages d’enfants sont là,
resserrés entre père et mère,
avec la peur, la joie d’aller au jour naissant.
La nuit se penche sur le halo de la lampe à huile,
c’est la longue leçon des ténèbres,
le tissage de la tunique dans le creux de l’hiver.
Du flocon de silence durci dans la nuit
vient-il une goutte qui perle, une annonce fugitive ?
Vient-il ce matin où la terre s’émeut
sous le corps d’un nouveau-né
entre une lueur et le cri inquiet d’être là,
l’origine muette de la parole dans les vagissements ?
L’enfant tend la main à l’avenir ouvert,
à l’éclosion des anges, à la soif des colombes,
à l’instant qui vibre sur leurs ailes,
au goutte à goutte de la lumière-étoile,
au frôlement des cordes invisibles sur l’arc du silence,
au scintillement sans fond de la nuit dans sa fourrure.
Avec cette part de nomade des marcheurs au désert,
les bergers sont venus, comme on se rassemble dans l’enclos,
comme on répond à la surprise d’un bond, d’une irruption,
comme on porte les offrandes écloses au bout des doigts.
Ils trouvent la source sans vasque, sans titre, sans abri.
Leurs faces brisées trouveront-elles aussi leur visage ?
Quels noms coller à la peau de l’enfant
sans qu’un jour on ne les arrache avec sa vie ?
Quel rêve plus dur que l’épée qu’on aiguise ?
Tombé des nuées d’avant le commencement,
toutes les images passées à l’essoreuse de l’inouï,
ce petit corps frissonne du souffle de Dieu.
Loïc Collet