POUR L’HIRONDELLE

Dans la colonne des fourmis parmi les herbes

accepte de traîner quelques débris.

 

Tu glaneras, par chance, un reste de futur

et le prendras sous ton aisselle

pour l’engranger jusqu’au battage.

 

Si le crépuscule ne te meurtrit le cœur,

si la nuit te bleuit la peau d’une étoile naissante,

le matin te viendra comme pétales de centaurée.

 

Tu as déclamé les noms avant l’aube,

les ombres se sont levées au creux des dunes

pour abreuver ceux qui lapent la rosée.

 

Dans le monde qui gambade sur les tombes,

tu vas voir ton voisin verdir à bout de branche

et ton ennemi s’émouvoir d’un violon.

 

Si tu ne chantais pas, le sable t’engorgerait,

l’oiseau s’affaisserait dans sa geôle,

l’eau remonterait pour avaler la source,

le visage de la pierre serait d’un morne insupportable.

 

Mais tu chantes et tu réanimes la légende,

tu ornes la terre de noms célestes,

tu brodes une joie légère sur chaque pleur,

tu lances un pont, le canal est une voie.

 

Mais n’oublie pas le pain de mie

pour l’hirondelle.

 

                                        Loïc Collet

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