Ce matin-là de Pâques, le gouverneur romain était persuadé qu’il ne serait pas dérangé pendant la journée. Même la traversée de la ville était interdite par la loi du sabbat. Et il était encore agacé en se rappelant le harcèlement des Juifs dans cette histoire de Jésus de Nazareth.
C’est avec stupéfaction qu’il entend un de ses serviteurs lui annoncer qu’une délégation de notables se tient à la porte et demande une entrevue. Qu’y a-t-il donc de si urgent pour faire sortir dans la rue des Juifs pieux ?
La délégation ose même entrer dans la première salle du palais. Un contact avec l’impureté des païens qu’il faudra ensuite réparer par de longs rites de purification. Les visages sont graves et les regards se fixent difficilement sur le gouverneur.
Menahem prend la parole au nom du groupe :
- Nous désirons que notre ville ne soit pas troublée après la crucifixion du Nazaréen. Nous sommes partisans de l’ordre, comme nous l’avons toujours montré. Mais les rumeurs qui circulent nous inquiètent. Nous craignons que des mouvements de foule se produisent autour du tombeau de ce Jésus et que le groupe des gardes soit insuffisant.
Pilate est excédé. Combien de fois vont-ils encore revenir, ces Juifs ? Il s’exclame :
- Ce n’est plus notre tâche ! Si vous voulez garder ce tombeau, faites-le ! Vous avez des hommes pour cela ! Voyez comme ça vous arrange !
C’est clair. Pilate leur laisse le champ libre. Menahem et ses hommes quittent tout de suite les lieux et se dirigent vers le Golgotha. Le gouverneur a délégué un de ses adjoints, avec les consignes. Tout est calme près du tombeau. Les soldats se sont mis à l’ombre, de leur mieux. L’officier romain, Rufus Gallus, s’avance. L’adjoint de Pilate lui transmet ce que son maître a décidé : laisser la place aux hommes du Temple, qui vont désormais assurer la garde.
Rufus les regarde avec méfiance. Il ne peut refuser. Mais ces hommes-là, il veut se souvenir de leur visage. Il y a Menahem, le chef, Eleazar, le plus proche du chef, quelques autres plus effacés. Sur un signe de l’officier, les soldats rejettent leur manteau sur l’épaule et commencent à descendre vers la porte des Brebis. La place est libre pour les hommes du Temple
Ils s’installent pour la journée. Le soleil est déjà haut mais la ville est immobile. L’agneau pascal a été mangé, la nuit dernière, par les hommes debout, qui chantaient leur Dieu. Maintenant tout le monde se repose. Et le tombeau du Nazaréen est bien clos.
( à suivre ) Loïc Collet