L’ouvrage de Michel Schneider « La confusion des sexes « (Flammarion 2007 ) pose clairement ses jalons dès les premières pages : un constat, une thèse, un adversaire. Le constat : l’effacement de la différence sexuelle entre hommes et femmes, surtout chez les jeunes. La thèse : la cause de cet effacement est la manière de traiter socialement et politiquement l’un et l’autre sexes. L’adversaire : le « Socialiste », au sens de : toute personne qui pense que « le lien social est d’abord et exclusivement l’affaire de l’Etat » (op.cit.p.10). Quelle que soit l’agressivité de l’auteur dans le choix de ce terme, son ouvrage fait réfléchir.
La libération sexuelle
Jusqu’au milieu du 20e siècle la société française assignait à chaque citoyen une place dans la société, en raison de son sexe comme réalité biologique et anatomique, avec des représentations imaginaires pour l’un et l’autre sexes, et le langage pour le dire. C’est cet « ordre » qui est actuellement bouleversé, par le progrès scientifique ( contraception et fécondation ), par la tolérance morale et par d’autres approches du psychisme ( sur le désir, la violence, les rôles père / mère… ). On constate que la sexualité a tendance à séparer la passion amoureuse pour l’autre et les techniques de soi centrées sur l’individu, au risque de retourner au narcissisme infantile.
Une politique des sexes
Selon M. Schneider les décisions politiques concernant les rapports Homme / Femme ont fortement effacé la différence des sexes. Elles ont suivi les féministes les plus extrêmes en inversant le pouvoir de l’homme vers la femme et en remettant en cause ce qui structurait jusqu’ici la vie privée et la famille.
Le personnage emblématique de cette évolution de fond serait Ségolène Royal. Non seulement elle se réjouit, comme bien d’autres, de voir les femmes augmenter leur présence dans tous les secteurs de la société. Mais elle présente la femme comme celle qui « par nature » est douée d’amour pour tous les besoins des personnes ( en particulier les enfants, les femmes maltraitées… ).
Pour elle la politique serait d’abord une affaire de cœur. Du coeur pour les femmes harcelées sur les lieux de travail, peu écoutées en cas de viol ( même dans le couple ), dégradées dans les images pornographiques, méprisées par les clients impunis de la prostitution, spécialement visées par l’homophobie et le refus de l’homoparentalité… Autant de secteurs où la loi devrait être plus sévère. C’est une « femme » qui le demande et, bien plus, une « maman » quand il est question d’inceste ou, plus fréquemment, de l’attribution du patronyme de l’enfant ou de sa profession future, toujours au masculin jusqu’ici.
Le coup de sang du psychanalyste
Trop, c’est trop ! dit Michel Schneider. Où irions-nous si la politique était soumise, en fin de compte, au « sens maternel « ? Si l’on arrivait à juger non pas les actes mais les images et les fantasmes de leurs auteurs ? Si la promotion de l’enfant se faisait au prix de la régression infantile de la société entière ? Si l’on faisait de la meurtrissure sexuelle un tel crime qu’on en oublierait d’autres blessures infligées par la société et son organisation inhumaine ?
Le psychanalyste débusque quelques raisons d’en appeler constamment à la loi civile. « L’envie de pénal, dit-il avec humour, supplée à l’envie de pénis » qui ne peut s’avouer … Quand les sexes n’ont plus leur place respective, « dans le vide symbolique croissant, tous se retournent vers la loi ! « (id.p.77). Ainsi le refus de donner à l’enfant le patronyme du père oublie que ce nom est « ce presque rien que transmet le père pour que la mère ne soit pas tout », une protection contre « l’incorporation maternelle » (id.p.86 )Surtout le psychanalyste rappelle que le désir sexuel ne doit être emprisonné par la loi, ni la loi morale, ni la loi sociale. La loi civile ne peut que viser les actes contraires à l’intégrité physique et psychique des sujets. C’est cette intégrité que la société doit défendre, dans un domaine qui lui échappe en bonne partie, car le rapport sexuel, selon la psychanalyse, est toujours un « mélange d’emprise et de consentement » (id.p.101), de violence et de connivence. Il relève non de « la libération imposée » mais de la « liberté individuelle » (id.p.116).
La différence des sexes implique l’attrait et le conflit, l’aveu et le refoulement, le plaisir et la frustration, l’actif et le passif. La société peut fournir d’innombrables défenses devant ces contradictions de la sexualité. Notre auteur s’emporte à en citer un bon ombre : « les miroirs, les écrans de télévision, les rave-parties, la prière, les sex-shops, la télévision, les chiens et les chats domestiques, les sports, le téléphone rose, les films ou les romans de science-fiction, les rassemblements de la jeunesse chrétienne, les images pornographiques, les drogues, les jeux vidéos… « (id.p.14). Bigre ! Quelle avalanche !
Après ce coup de sang, il n’en demeure pas moins qu’il serait souhaitable d’entendre des psychanalystes exprimer, non pas des « vieilleries réactionnaires » mais un souci authentique de la sexualité humaine : « la dévolution patrilinéaire du nom, la différence des sexes, le mariage en tant qu’institution, la filiation comme transmission, la famille fondée sur un lien hétérosexuel… (id.p.118 ).
Loïc Collet