CONVERSION A L’ISLAM

Nous n’étions pas habitués à trouver dans la revue catholique « Lumière et Vie « un article comme celui de Claude Gilliot, dominicain, sous le titre : « Réflexions sur les raisons qui peuvent conduire à se convertir à l’islam «  (L. et V. Octobre - Décembre 2007 ) Nous prenions toujours cette revue comme un lieu de dialogue, franc certes, mais respectueux et délicat surtout quand il est question des religions non-chrétiennes. D’où notre déception et notre souffrance.

 

Islam et raison

 

La première partie reprend l’expression : Islam, religion de la raison. Le paysage global de notre société est planté tout de suite par notre auteur avec une assurance sidérante : nous sommes au temps où « l’émotion égotique » submerge toute question, où le « retour à l’utérus »  (!) explique le mouvement de la pensée, où la massification écrase toute personnalité et où, bien plus, sont disqualifiés « la raison et le souci de la ‘loi naturelle’ « ( cf. op.cit.p.99).

Puis notre auteur survole quelques épisodes de cette histoire Raison - Islam. Il rappelle la sympathie pour l’Islam d’un orientaliste juif, de la fin du 19e siècle, Ignaz Golzihzer, qui estimait que l’Islam est la seule religion qui puisse « satisfaire des têtes philosophiques » (op.cit.p.100). Cet homme regrettait même que, chez un évêque grec-catholique, des expressions comme « Marie, Mère de Dieu » ou « Jésus, Fils de Dieu » soient écrites en ARABE !, alors que ce sont les Juifs et les Mahométans qui utilisent ces langues sémitiques, en évitant de tels blasphèmes en grec ou en latin… ( cf idem).

Même des Chrétiens auraient penché pour l’attachement à l’islam au nom de la raison, ainsi ce religieux du 17e siècle, Ludovico Marraci, sensible à  la conformité de l’Islam « au dictamen de la nature ». Mais c’est pour préciser que cette pente vers l’Islam est celle de « la raison corrompue par le péché », alors que la raison « éclairée par la Révélation  ( chrétienne ) « ne peut aller qu’à l’Evangile !

Si cette Révélation ne leur est pas présentée, il y a encore, dit notre auteur, « des âmes métaphysiques … des enfants de lumière… épris de stabilité et d’éternité » qui ne se contentent pas des prédications chrétiennes sur la « solidarité, « l’anti-racisme «, la tolérance » etc… à la manière de la Cimade ou de l’abbé Pierre. Elles se tournent vers « la transcendance de Dieu, voir un monothéisme absolu », donc l’Islam (op.cit.p101). De même l’attrait du soufisme, « faute d’un nombre suffisant de témoins chrétiens d’une expérience intérieure » (idem). Encore une fois, conversion à l’Islam, par carence des Chrétiens ! Comme si l’Islam n’avait pas son attrait propre…

Quelles racines ?

La deuxième partie, « Raisons théologiques et morales », accentue ce retour réducteur à la foi chrétienne défaillante. Notre auteur rappelle que l’Islam naissant a rencontré le christianisme à travers des christologies que l’Eglise n’a pas acceptées. Particulièrement l’arianisme où « le ‘ Aimez-vous les uns les autres ‘ est …tronqué de son support théologique » (op.cit.p.102). Or, affirme l’auteur, nous sommes actuellement dans une « crise arienne » où « l’orientation anthropocentrique, voir égocentrique… le ‘principe de plaisir’… remplace… (le) bonheur …de la pensée chrétienne ». (idem).

Il en serait de même pour la liberté devenue « un concept vide, sans fondement et sans transcendance «. ( Paradoxalement notre auteur semble apprécier que cette liberté, dans les pays chrétiens, permet de « se dire ouvertement athée » alors que « dans les pays musulmans, cela est une chose impossible, à moins que l’on soit prêt à mourir » ( idem). Pourquoi ce double langage pervers sur la liberté ? )

Il n’y a pas plus de logique dans l’argument suivant sur « retrouver ses racines ». Le diagnostic est sombre : on voit les gens les chercher dans « l’exotisme : bouddhisme, mouvements charismatiques, ‘droits de l’homme‘, communisme, franc-maçonnerie… » (!)  et finalement « dans l’Islam (qui) est le plus proche de nous »  ( Comment ? ). Dans ce « besoin d’archéologie constitutive »  l’homme ( européen ? ) ne voit pas où est la sienne », quelles sont ses racines. Elles ne peuvent être, pour notre auteur, que « le judaïsme et l’héritage gréco-latin », les « racines chrétiennes ». Hors jeu l’Islam qui est étranger à cette archéologie constitutive pour « l’homme normal « ( sic ! p.102 ). On tremble pour les conséquences possibles d’une telle position. Et c’est un Chrétien qui la tient !

Attraits et reproches

La troisième partie descend encore plus bas dans la violence des idées. L’auteur nous assure que le christianisme et ses dogmes ont été passés « au crible de la critique scientifique » (op.cit.p.103 ). Mais « l’Islam… n’a toujours rien fait de semblable jusqu’à ce jour, si l’on excepte quelques chercheurs musulmans… » (idem). Les medias pourtant veulent l’ignorer, attribuer l’esclavage aux seules nations chrétiennes, faire silence sur le statut inférieur des chrétiens dans les pays musulmans, exiger des Eglises une repentance permanente…

En même temps, si l’Islam continue à attirer des nouveaux adeptes, par exemple dans les banlieues et les prisons, ce serait parce qu’il propose « un grand  sentiment de solidarité » dans une « société occidentale angoissée par un ‘nihilisme vulgaire’ » (op.cit.p.105 ). Ce serait parce qu’il se présente comme récapitulant tous « les prophètes et les livres révélés antérieurs ». Ce serait parce qu’ « il fait sa place au sexe…( jusqu’aux ) aspects de la vie personnelle de Mahomet les plus triviaux ». Ce serait parce qu’il fait sa place à la violence sans veiller à une interprétation moderne des textes qui puisse ne pas justifier « les razzias …les conquêtes et victoires de Mahomet…la violence fondatrice de la communauté »  (!!) ( idem).

Oh, Abdelwahab Meddeb, Abdennaour Bidar, Rachid Benzine, Leïla, Malek et tant d’autres, que votre foi, votre travail, votre tolérance, et la Miséricorde de Dieu vous aident à continuer votre tâche au-delà de ces blessures. Que la fraternité des croyants au Dieu unique consente aux multiples chemins pour aller vers Lui. Que les communautés musulmanes qui accueillent des convertis ne doutent pas que Dieu peut les attirer et les guérir. Et que chacun entre dans la repentance du serviteur indigne qui s’incline devant l’Unique.

                                                 Loïc Collet   

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