DROITS ( UNIVERSELS ) DE L’HOMME

Les prochains Jeux Olympiques vont se tenir en Chine au cours de cet été 2008. Il y a peu d’années la communauté internationale refusait d’envisager un tel évènement à cause des manquements graves aux droits de l’homme dans ce pays. Les arguments d’ordre économique l’ont emporté finalement sur les réserves d’ordre éthique. Mais le débat n’en demeure pas moins très vif.

 

Surdité aux droits

 

Les griefs contre certaines pratiques politiques chinoises sont nombreux. On peut faire une lecture « a contrario » de plusieurs articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme ( 1948 ), que

la Chine prétend respecter.

 

Article 5 : « Nul ne sera soumis… à des peines ou traitements cruels ou dégradants ».

Question : Comment sont traités nombre de prisonniers ? Peut-on justifier le maintien de la peine capitale ?

 

Article 12 : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance ».

Question : Combien de sites Internet ont été fermés pour raison d’opinions politiques différentes de celles de l’Etat ?

 

Article 13 : « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur de l’Etat ».

Question : Combien de ruraux se voient refuser le permis de travailler et d’habiter en ville ?

 

Article 18 : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ».

Question : Combien de croyants, en Islam, dans le christianisme et même dans certaines branches du confucianisme, ne peuvent encore que rêver d’une telle liberté ?…

 

Les autorités politiques essaient de répondre à ces questions. Elles rappellent que ces Droits de l’homme ont été formulés quand les nations occidentales se sont imposées par la victoire de 1945 et ont voulu faire adopter leurs propres valeurs à l’ensemble du monde. Alors que ces droits, en Europe même, avaient été le fruit de beaucoup de négociations et de compromis, ils ont été présentés à la face du monde comme un « devoir-être universel », idéal, nécessaire, sacralisé. En particulier sous le terme de « démocratie ». Le préambule de la Déclaration de 1948 ne présente-t-il pas, comme il dit, « l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations » ?

 

Idéal commun

 

Le débat, bien avant d’apparaître en Chine, tourne autour de l’expression « l’idéal commun ». Tout d’abord au nom du réalisme : le préambule parlait de « foi dans les droits fondamentaux de l’homme ». Il ne s’agit pas de « foi », disent des acteurs politiques d’aujourd’hui, mais de mise en oeuvre, concrète et progressive, de droits réalisables. Ensuite le débat se porte vers la pluralité des cultures et de leurs valeurs. Comment se décline ce que la Déclaration appelle « la dignité et  la valeur de la personne humaine » ? Enfin le débat se concentre, de plus en plus, sur les exigences de certains pays pour leur développement. S’il s’agit, par exemple, du développement économique avec ses effets de bien-être, ne pourrait-on pas, au moins temporairement, minimiser certains droits sociaux ? C’est le langage tenu aux paysans, aux mineurs, aux migrants…à ceux qui produisent la croissance sans guère en profiter !

 

Dans ce débat, il y a deux pôles en tension constante. D’un côté l’affirmation du droit à se défendre de toutes les aliénations, celle du corps, de la vie sexuelle, de la vie familiale, de la responsabilité de citoyen et de membre de l’humanité. A ce niveau les droits de la personne sont imprescriptibles. Le droit à l’émancipation n’est pas récusable.

 

Mais d’un autre côté, ces droits perdent leur aspect théorique quand on vise l’intégration réelle de chaque individu dans le monde, la société, où il est situé. Et la réalité multiplie les possibles, les souhaitables, les inacceptables, dans les divers groupes humains. Est-ce de nouveau faire éclater le genre humain dans toutes sortes de réalisations bancales au point qu’il n’y aurait plus de « droits communs » et donc d’engagement à servir l’humanité dans son ensemble ? Y a t-il un point d’appui pour ce service commun de l’humanité ? 

Raison

 

Il y a, au niveau de la pensée, une unité qui a déjà fait ses preuves à travers le monde, même si elle ne s’applique pas à tout ce qui existe. C’est la science physico-chimique à base de mathématique. Cette science est le fruit d’une capacité de l’esprit qui appartient « de droit » à l’homme, ce qu’on appelle « la raison ». Et cette raison n’a pas comme seul but d’établir les rapports entre les choses, elle est aussi la base commune des échanges entre les humains, elle établit l’humain entre les hommes.

 

La déclaration de 1948 commence, en son premier article, par cet énoncé : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de liberté ».

 

Laissons en suspens, ici, le terme « dignité » qui pourrait évoquer un rapport à une transcendance. Soulignons le terme « raison ». C’est, dans un sujet, ce qui résiste à l’inhumain, ce qui fait dire : « Telle chose, j’ai le pouvoir de le faire mais je n’en ai pas le droit, ce ne serait pas raisonnable ». Il y a ainsi, en chaque être humain, la capacité de s’arrêter devant « de l’inacceptable » ( Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ) et la capacité de pressentir ce qui incarne l’humain en soi.

 

Les droits de l’homme l’ont formulé provisoirement pour le plus grand nombre possible de personnes. Ce n’est pas de l’universel maîtrisé par une pensée définitive, c’est de l’universel en voie de se réaliser. Si les multiples groupes sociaux utilisent leur raison et leurs forces vitales pour que soit reconnue « la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine » ( début du préambule de 1948) les droits de l’homme gagneront, encore, en clarté et en exigence.

 

                                                                                                  Loïc Collet  

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