SARKOZY ET L’EGLISE CATHOLIQUE

A l’occasion de sa visite à Rome et de sa nomination de Chanoine du Latran, Nicolas Sarkozy, le 20 Décembre 2007, a fait un discours sur ses rapports à l’Eglise catholique. Il se présente comme le Président de tous les Français … mais tous les Français ne goûtent pas également ce qu’il dit.

 

Capter l’auditoire

 

Tout d’abord il semble s’exposer comme croyant. Il se dit « sensible aux prières… pour

la France ». Croit-il à leur efficacité ? Veut-il plaire à ceux qui les font ? La question pourrait être posée à cette « sensibilité » qu’il a. De même on pourrait se demander quels sont les « espoirs » qu’il prête aux Catholiques français attendant la visite du pape en France. Notre Président nous assure qu’au titre de sa responsabilité il est même « comptable » de ces espoirs ! Quelle sollicitude !

Relire l’histoire

La « captation de la bienveillance » continue avec un survol de l’histoire. Bien sûr,

la France est la « Fille aînée de l’Eglise ».  « Les faits sont là », affirme notre érudit en histoire : Clovis, le « destin de

la France », la « christianisation de l’Europe », les Etats pontificaux…  ( On croirait lire un manuel des écoles primaires catholiques du 19e siècle …).

Car il n’y a pas, pour lui, à hésiter : « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes ». La preuve : « le foisonnement de saints et de saintes » ( 8 noms. Pourquoi ceux-là ? Mystère ). La preuve : des artistes ( 1 musicien du 18e siècle, 8 artistes du 20e siècle ! ). La preuve encore : des intellectuels ( 2 du 17e siècle, 4 du 20e siècle, dont un survivant, René Girard… ! ) Enfin le cardinal Lustiger, dont notre Président nous assure que « aucun Français n’est resté indifférent au témoignage de sa vie ». « Aucun », même pas ceux qui s’interrogent sur le « mystère de sa conversion… ». ( Pour qui cette note ? ).

Revoir la laïcité

 

Nicolas Sarkozy présente l’histoire de la laïcité du côté de ceux qui, selon lui, en ont souffert, ceux qui ont subi l’anticléricalisme, ceux à qui on a fait croire que le texte de 1905, au moment de la Séparation de l’Eglise et de l’Etat, était un texte de tolérance. Maintenant les « querelles » sont dépassées, nous affirme-t-il. On peut dire que la laïcité, actuellement, est « une nécessité et une chance…une condition de la paix civile ». Mais il a fallu que ses partisans renoncent à « couper

la France de ses racines chrétiennes », ce qui serait un « crime » car « arracher la racine… c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale ». Cette laïcité du passé : tentation de mauvais Français !

 

Espérance et spiritualité

 

C’est que la religion catholique  ( « notre religion majoritaire », comme disait Napoléon ) répond au besoin d’espérance. Depuis le siècle des Lumières, il y a eu « beaucoup d’idéologies », estime Nicolas Sarkozy. Il en cite plusieurs : l’émancipation des individus, la démocratie, le progrès technique, la morale laïque, même le communisme et le nazisme ! Mais aucune de ces « perspectives » n’a pu donner « un sens à l’existence », aucune n’a pu répondre « aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort… ce qui se passe avant la vie ( sic !) et ce qui se passe après la mort ».

 

Et voilà le Grand Prêtre qui se lève pour répondre à « l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse », pour rappeler qu’il est « évident que l’homme a besoin d’une espérance qui va au-delà… quelque chose d’infini ». Certes, dit-il, il ne tranche pas entre « ceux qui croient « et « ceux qui ne croient pas » mais il affirme que « le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance ». Et lui, il est pour la spiritualité, conformément à la nature. Naturellement !

 

C’est pour cela qu’il regrette que la « République laïque s’est montrée plus méfiante que bienveillante à l’égard du culte ». Il va y remédier, comme il l’a fait vigoureusement avec le Conseil français du culte musulman. Il annonce déjà des mesures : de nouveaux avantages pour les Eglises, la reconnaissance de certains diplômes de l’enseignement privé… C’est remercier ceux qui ne se contentent pas d’une « morale laïque » tentée ou de fanatisme ou de facilité, c’est mettre en œuvre une « laïcité positive » qui « ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout ».

 

Les séminaristes et le Président

 

Le Grand Prêtre a parlé. Est-ce ironique ?  Non, il s’adresse maintenant aux  séminaristes ( de Rome et d’ailleurs). Certes leur vie n’est pas facile, elle demande beaucoup de « sacrifices ». Mais ils ont les moyens de faire face : la formation, les sacrements, la Bible, la prière… Le Président en sait-il quelque chose ? Bien sûr ! car il a, avec eux, « une chose en commun : c’est la vocation » ! Lui aussi il sait ce que c’est d’être « appelé par une force irrépressible » qui vient « de l’intérieur ». Il sait les sacrifices qu’il a faits pour réaliser sa vocation. Mais il est allé droit devant lui : «  Je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait » ! ».  « Jamais assis » : le séminariste le moins futé va-t-il avaler cet aveu… ?

 

Et de plus, le Président lui précise les tâches qu’il a à mener : l’action caritative, la défense des droits, le dialogue, la réflexion éthique et philosophique… C’est peut-être les relents de cours de « philo » qui n’avaient pas à prononcer les mots chrétiens « Evangile » ou « Révélation » mais qui exhortaient à soigner et consoler  le « prochain dans la détresse morale ou matérielle ». Mais, même là, « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé » car « il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». Les hussards de la République… K.O. !

 

Ensemble …avec moi

 

Dans un monde « obsédé par le confort matériel » ( comme si tout le monde pouvait disposer d’un yacht de milliardaire pour ses vacances), la campagne électorale de 2007 a proposé des idées, des ambitions, mieux encore de la spiritualité, des valeurs, de l’espérance. Car avec le Président Sarkozy il s’agit de « croire à nouveau », de construire, de surmonter le désespoir, d’opter pour la « vertu » de l’espérance, la « détermination héroïque de l’âme ». C’est Bernanos qui a écrit cela mais c’est la politique du Président Sarkozy qui y engage !

 

Et donc « partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue interreligieux, dans les universités, je vous soutiendrai », promet le Président. Mais l’auditeur peut entendre : « Tout ce que vous ferez de bon, c’est mon programme. Alors, soyez de mon côté ! « Naïfs, les Catholiques ? Pourquoi pas ? On peut tenter le coup…

 

                                                                       Loïc Collet  

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