CHRETIENS ALGERIENS

Le journal algérien El Watan a publié, le 21 Février 2008, un dossier qui agite actuellement l’opinion algérienne. Le titre semble mettre en garde : « Evangélisation : un phénomène rampant ». Le sous-titre pose les termes en débat : «  L’Algérie entre la liberté de conscience et le prosélytisme ».

 

 

L’axe politique  de ce débat est la loi, votée en mars 2006, qui régit depuis Mai 2007 la pratique des cultes non-musulmans, en Algérie. Ses principales dispositions sont de différents ordres : elle rappelle qu’aucun culte non-musulman ne peut s’exercer hors des édifices prévus à cet effet ni s’organiser sans une autorisation préalable ; elle interdit toute activité qui « fabrique, entrepose ou distribue des documents imprimés ou métrages audiovisuels ou tout autre support ou moyen qui visent à ébranler la foi musulmane » ; elle condamne toute personne qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction visant à convertir un musulman à toute autre religion ».

 

 

 

Cette loi, impliquant des amendes et des peines de prison, a déjà provoqué plusieurs condamnations : tel prêtre catholique pour des rassemblements de prière hors des édifices agréés, et surtout des « missionnaires évangéliques » (protestants ) au nombre de 37, au moins, selon le journal El Watan, « dont certains ont été condamnés … à trois ans de prison ferme ».

 

 

Position des autorités catholiques 

Ceux qui connaissent l’Eglise catholique d’Algérie en ce domaine savent avec quelle discrétion elle s’est tenue dans la société algérienne. Cela permet à Mgr Geroger, évêque d’Oran, de déclarer : « Nous, au niveau de l’Eglise catholique, nous ne faisons pas de prosélytisme et nous n’avons pas de problème de ce côté-là. Nous sommes très attachés au respect de la liberté de conscience des gens ». Il maintient pourtant le droit de « distribuer des bibles », tout comme des Musulmans distribuent le Coran en Europe ou ailleurs. Ce qui est une manière de souligner certains aspects de la nouvelle loi « qui ne sont pas positifs ».

 

 

Position des autorités musulmanes

  Si les Catholiques sont relativement épargnés ( les deux photos qui illustrent le dossier d’El Watan sont pourtant celles de la basilique Notre-Dame  d’Afrique à Alger ! ), ce sont surtout les Protestants qui sont visés. Ils sont pourtant très peu nombreux : environ 5000 personnes sur les 11.000 Chrétiens du pays, soit 1 Chrétien sur 3000 Algériens à peu près, 1 Protestant sur plus de 6000 ! Mais ce n’est pas le nombre qui fait problème, c’est le comportement de certains de ces Protestants, particulièrement ceux qui s’appellent « les Evangéliques » ;et qui se signalent, affirme-t-on, par un « prosélytisme » déplacé. Le terme revient dans toutes les déclarations des notables musulmans, non pas avec le sens commun de « zèle déployé pour répandre la foi », mais avec le sens négatif de « zèle qui confine à la violence sur les esprits, au nom d’une religion ».

 

 

 

        A - Le Président du Haut Conseil islamique, Bouamrane Cheikh

 

 

 

Il considère que la colonisation ( française ) a toujours tendu à freiner la progression de l’Islam, qu’elle fut un temps où des Chrétiens regardaient l’islam comme un rival ( alors que, dit-il selon le Coran, l’islam est venu compléter les religions qui l’ont précédé et que, si on le compare aux autres religions, il ne s’imposera que par « les bonnes actions » ). Mais ajoute-t-il : « L’islam ne peut accepter que des gens viennent chez lui et insultent notre Prophète et notre foi, en usant de dénigrement et de diffamation, profitant de la détresse sociale de certains jeunes pour les convertir, promettant en contrepartie visas et autres avantages matériels ».

 

 

Il vise précisément les « activités illégales des évangélistes néo-conservateurs qui ont le vent en poupe depuis l’arrivée de l’administration américaine de cette tendance ». Il signale qu’il n’a « aucune information faisant état d’une quelconque persécution dont seraient l’objet des néo-convertis au christianisme, alors que des Musulmans à l’étrangers ont des problèmes… » Il cite, là, plusieurs pays d’Europe, dont la France. C’est l’inverse, dit-il, de l’islam « qui apporte à ses adeptes une voie morale d’équilibre, de sérénité et de solidarité active à l’égard des démunis et des persécutés… ». 

        B - Au nom de l’Association des Ulémas, Abderrahmane Chibane précise que ces « missionnaires évangéliques nord-américains » visent « la Kabylie, supposée être la maillon faible, Aïn Sefra, Sidi Bel Abbès, Mostaganem, Oran, pour leur prétendue mentalité espagnole et française, puis le Sahara en se basant sur Timimoun et Tamanrasset ».

        C - Enfin, le ministre des Affaires religieuses, Bouabdellah Ghlamallah, dénonce les « hors la loi… qui pratiquent leur culte dans des lieux clandestins ». Et il  fait savoir qu’il a « dit aux imams de rappeler aux jeunes  que les prêtres ne viennent pas en Algérie parce qu’ils l’aiment ou parce qu’ils aiment le christianisme mais pour créer une minorité qui donnerait un prétexte aux puissances étrangères afin de s’ingérer dans nos affaires au nom de la protection des minorités ». ( Veut-il parler des pasteurs évangéliques ? Ou réellement des prêtres catholiques qui sont depuis longtemps citoyens algériens ? )

 

 

Position de l’Eglise protestante

Le Président de l’Eglise Protestante d’Algérie, Mustapha Krim, fait le point :

 

- Il n’est pas dérangé « par le fait que des gens fassent le choix d’embrasser une religion comme le christianisme », pas plus « par le fait qu’une personne d’arrière-plan chrétien embrasse l’Islam ou une autre religion. Il y va de la liberté de conscience et de religion, consacrée du reste par la Constitution ( algérienne ) et la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

 - Il ramène le terme « prosélytisme » à son sens commun : le droit de répandre sa foi, en rejetant toute contrainte ou duperie des consciences, mais en utilisant la liberté d’expression que requiert la démocratie.

- Les communautés protestantes ont été dûment recensées et enregistrées par les autorités compétentes, dans le cadre d’une Association nationale agréée en 1974.

 

 

- Si certains Algériens se sont « convertis » au christianisme pour des avantages matériels, c’est triste et regrettable d’en arriver là.

 

 

- Si la Kabylie a connu une plus forte vague d’évangélisation, c’est que « la liberté de conscience et de religion est probablement mieux respectée dans cette région qu’ailleurs ». Mais comme cette évangélisation apparaît aussi dans d’autres régions, ce protestant algérien « pense que la fixation surla Kabylie obéit à un calcul politicien pour faire division ».

 

( Il est largement rejoint dans cette analyse par le Président du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, Ferhat M’Henni, qui proteste contre « le lynchage médiatique » à l’égard des Kabyles. Car à présenter la Kabylie comme le fief des Evangéliques, c’est « la laïcité kabyle ( qui ) continue d’être la cible du pouvoir ( d’Alger ) » et à travers elle sont visées des revendications politiques de la Kabylie.

 

- Y aurait-il des communautés « clandestines « si elles disposaient de « locaux adéquats pour leur culte » ?

 

 

 

- Enfin « à l’heure de la mondialisation, pense Mustapha Krim… la démocratie est incontournable dans la domaine des libertés d’expression autant que le domaine religieux ». Il viendra le temps où le pouvoir politique n’aura plus à juger d’« hérésie » ou de « blasphème ». Car la diversité des options religieuses ne sera plus perçue comme des injures mutuelles mais comme le lieu de la tolérance respectueuse. Et au-delà des distinctions d’origine ethnique ou religieuse, les droits du citoyen seront reconnus à tous, y compris aux Chrétiens algériens !

 

 

                                                                                  Loïc Collet

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