LES FEMMES AU TOMBEAU

Plusieurs femmes avaient suivi Jésus de Nazareth sur le chemin qui le menait du tribunal de Pilate à la colline du Golgotha. A travers un dédale de petites rues jusqu’au rempart, puis sur le terrain vague où étaient dressés les poteaux d’exécution. Un chemin qui semblait ne plus finir, tant Jésus était affaibli des coups reçus et de la barre de bois qu’il portait.

 

 

Tenues à distance par les soldats, elles avaient entendu les cris des crucifiés, elles les avaient vu agoniser en plein soleil, elles se sont approchées de Joseph d’Arimathée et de ses compagnons quand ils ont détaché le corps de la croix et l’ont porté dans le tombeau tout proche. La toilette du cadavre a été très rapide, la nuit était proche, celle de la Pâque où on ne doit s’activer que pour prier.

 

 

Trois d’entre elles, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, se sont entendues pour faire l’embaumement définitif du corps dès les premières heures de la semaine. Les voilà donc, ce matin, en marche vers le Golgotha, avec leur charge d’huiles et d’aromates. Mais elles sont inquiètes. Après que Joseph d’Arimathée a placé le corps dans le sépulcre, les soldats ont poussé devant l’entrée la lourde pierre, presque aussi haute qu’un homme. Accepteront-ils de la déplacer de nouveau, le temps de l’embaumement ?

 

 

C’est alors la stupéfaction devant ce qu’elles voient ! La pierre n’est plus sur l’entrée du tombeau. Elle est sur le côté. Le tombeau est ouvert ! Les femmes, toutes tremblantes sous le choc, regardent à l’intérieur. Le corps avait été déposé sur la banquette de pierre sur le côté,  seul corps dans ce tombeau neuf. Il n’y a  plus rien. Le corps a disparu ! Et, à ce moment, elles se rendent compte aussi que les gardes ont disparu ! Qui a enlevé le corps ?

 

 

Il faut qu’elles le disent tout de suite aux disciples. Mais où sont-ils ? Elles en ont parlé en chemin. Pierre et quelques uns ont dû se réfugier dans un lieu discret, en dehors de la ville, sans doute chez Lazare, au village de Béthanie. Mais cela, avec la traversée de la ville, va leur demander presque une heure de marche. Elles arrivent tout de même, essoufflées, épuisées. Pierre est bien là, chez Lazare, avec Jean, le jeune disciple. « Ils ont enlevé le  Rabbi ! » s’exclame Marie de Magdala. Et elles racontent ce qu’elles ont vu.

 

 

Les deux hommes n’en croient pas leurs oreilles. Ils doutent surtout des exagérations de Marie de Magdala, ils l’ont toujours vue comme cela, une personne capable de délirer. Mais cette fois-ci les trois femmes disent la même chose. C’est étrange. Il faut aller voir… Les femmes restent là, trop fatiguées pour refaire le chemin.

 

 

Pierre et Jean  arrivent à leur tour au tombeau. C’est bien comme les femmes ont dit : il n’y a plus de garde, la pierre est sur le côté, le cadavre n’est plus sur la banquette, on n’y voit que quelques bandelettes abandonnées dans un coin.

 

 

Pour eux aussi c’est le choc. Qui a pu enlever le corps ? Les soldats ? D’autres gens ? Contre l’autorité romaine ou avec son accord ? Autant de questions qu’ils ramènent à Béthanie, avec l’impuissance de ceux qui ne comprennent rien. Et peu à peu d’autres disciples les rejoignent chez Lazare, pour ne pas rester dans la solitude, le silence, le désespoir…

 

 

 

( à suivre )                                                                   Loïc Collet

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