Goûter, se griser… s’appuyer au soleil
Je goûte une liqueur jamais brassée,
Dans les chopes de nacre ;
Pas une cuve au bord du Rhin
Qui donne un tel alcool !
Je suis grisée par l’air
Et débauchée par la rosée ;
Je titube les jours d’été sans fin
Hors des auberges bleu fondu.
Quand les logeurs mettront l’abeille saoule
A la porte des digitales,
Et que les papillons ne prendront plus de verre,
Je n’en boirai que davantage !
Jusqu’au jour où les anges remuent leur chapeau
De neige et que les saints accourent aux fenêtres
Pour voir la petite poivrote
S’appuyer au soleil !
Les titres d’Emily
Il est divin mon titre / Epouse sans / Le signe.
Haut rang qui me fut conféré : / Impératrice du calvaire.
Royale toute : sauf la couronne.
Fiancée sans l’émoi / que Dieu nous donne, femmes,
Quand on est deux à mettre
Grenat contre grenat / Et or à or.
Née, mariée, / Ensevelie /– Le même jour, /Triple victoire.
Les femmes disent : mon mari/ En entonnant / La mélodie.
Est-ce bien la façon ?
La poésie et le Paradis
J’habite le Possible,
Maison plus belle que la prose,
Mieux pourvue en fenêtres,
Et les portes plus hautes…
Et pour occupation, ceci :
Ouvrir bien grandes mes étroites mains
Pour ramasser le Paradis.
Plutôt le tombeau que la « jolie misère »
Bien sûr que je priais –
Et Dieu s’en souciait-t-il ? …
Ni ma raison ni ma vie,
Je ne les ai eues
Sans Vous ;
Il eut été plus charitable
De me laisser
Au tombeau de l’atome,
Joyeuse et nulle,
Transie et gaie,
Que dans cette jolie misère.
« Mais il y a la mer «
Puisque mon ruisseau coule,
Je sais qu’il est à sec ;
Puisqu’il est silencieux,
Je sais qu’il est la mer ;
Alarmée par sa crue,
je m’efforce de fuir
Là où les hommes forts m’assurent
Qu’il « n’y a pas de mer ».
( choix de L. Collet )