La corbeille en toi d’une seule douleur
Déborde du malheur des quatre angles du monde.
La corbeille en toi d’une seule allégresse
Déverse sur la terre le charme d’un jardin.
Pour toi nulle chair n’est hideuse,
Nulle vie ne suinte l’ennui ou le dégoût.
Toute chair est celle des mères pour l’enfant,
Celle des amants pour l’entre-deux des corps.
Soudainement la nuit s’éveille
Et le cœur se trouve raccommodé.
Les bouvreuils vont se gaver des bourgeons
Dont le printemps a mijoté les sucs.
Pour toi le visage ne s’écaille pas sous le gel,
Il est gravé sur les hautes pierres du temps.
Il se revêt de la patine des immortels,
Dans l’antichambre du sphinx apprivoisé.
Tu déposes le portrait à la pointe du pinceau
Comme le poète tourne ses mots en boucles d’oreille,
L’une sur la face du jour, l’autre sur la face de la nuit
Et entre les deux la faille inéluctable.
Tu saisis l’instant, le lieu dit, le souffle suspendu,
La lanterne au bord du monde des brumes,
L’autre rive qui serait de fiel et d’effroi
Si de ton doigt tu ne changeais l’amertume.
Tu fais vibrer la kora à vingt et une cordes,
Sept cordes pour le passé qui gronde entre ses crocs,
Sept pour le présent où s’invite le danseur,
Sept pour l’avenir et l’oracle du chanteur.
Loïc Collet