Derrière les yeux il t’est donné de voir l’abîme
Retourné comme un gant vers le haut,
Comme un front déplissé de ses tourments,
Habillé en paix de ses rêves d’origine.
Ta main serre l’insaisissable,
Ouvre la porte à l’absent,
Fait signe au lointain et il vient
Comme un torrent caché dans quelques gouttes de mots.
Tu mènes les pas hors du jardin trompeur
Où chacun veut engendrer de ses propres entrailles.
Tu lances la course plus rapide que la mort,
Le cri en écho qui roule sous l’orbe du ciel.
Au travers du marécage tu jettes
Sur la boue un fagot pour sentier
Et ceux qui sont allégés d’eux-mêmes
Atteindront la falaise de pierre.
Tu nous accorderas des nuits oublieuses des chagrins.
Jusqu’à l’aube tu garderas la main sur le loquet
Pour ouvrir à celui qui est parti sans merci,
A celui qui n’a pu lire son voeu le plus secret.
A ton visage reviendra s’agripper l’instant têtu
Où le chant s’accorde à la musique intime,
Où le final parvient à rassembler les harmonies,
Où le chef d’orchestre peut saluer la foule.
Ton silence est bruissant de présence,
Il amène la pointe des coeurs à se rejoindre
Au carrefour loin-devant, à l’auberge inattendue,
A la tendresse des heures riantes du voyage.
En deux ou en plusieurs tu tournes en gloire
Les heures insensées et les songes froissés.
Si nous nous perdions de peur ou de froideur,
Tu nous habiterais encore de ton murmure.
Loïc Collet