ALERTE AU CHAUD

Une fois de plus, nous sommes choqués de la violence d’un cyclone qui peut faire, en Birmanie, en quelques heures, près de 100.000 morts. Imprévisible ? Dans la revue « Lumière et Vie » de Janvier-Mars 2008, nous avons un article de Dominique Bourg. Entre autres tâches, il a été membre d’une des commissions du « Grenelle Environnement ».

 

 

 Il écrit : « Dernière conséquence ( du réchauffement climatique ) : c’est un climat beaucoup plus brutal et plus violent. Par exemple, depuis 25 ans, vous n’avez pas plus de cyclones dans l’Atlantique, mais vous avez 2 fois plus de cyclones de catégorie 4-5, du style Katrina » (op.cit.p.87).

Et il conclut ses notes sur le réchauffement : « Ce qui nous attend, c’est la détérioration de nos conditions d’existence, la disparition des plages et de nos vignes, des enneigements tantôt plus rares, tantôt plus intenses, des inondations plus fréquentes, des tempêtes beaucoup plus violentes et plus fréquentes, des épisodes caniculaires, une déstabilisation des écosystèmes, etc… Et ‘in fine’ un habitat planétaire réduit » ( op.cit.p.87-88).

Une Charte

Pour sa part, le gouvernement français a essayé de s’emparer de ces questions. Une loi du 1er Mars 2005 a promulgué une Charte de l’Environnement qui affirme un droit ( « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de sa santé », article 1 ), et un devoir ( « Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement », article 2 ).         

Grenelle Environnement

En raison de ce devoir fait à tout citoyen et à plus forte raison à toute instance politique, le gouvernement français a lancé, en Juillet 2007, un « Grenelle Environnement » où ont travaillé une quarantaine d’« experts ». Et le résultat vient d’être présenté, le 30 Avril 2008, par le ministre Jean Louis Borloo, sous le titre : « Projet de loi d’orientation et de programmation du Grenelle Environnement ».

Retenons ici uniquement le contenu du Titre 1 : « Lutte contre le changement climatique ». L’article 2 énumère de larges objectifs pour la France : « diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre » ; pour cela, agir prioritairement « sur la consommation d’énergie des bâtiments et …des secteurs des transports et de l’énergie » ; en mettant en oeuvre des moyens : des aides financières incitatives et, dans certains secteurs, « un système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre » ( le plus pollueur achètera des droits au moins pollueur ! ).

Pour le Bâtiment, il s’agit de « travaux de rénovation thermique », en particulier dans les constructions neuves ( selon des « normes basse consommation » ) et dans les bâtiments publics et les logements sociaux. Pour les transports, le projet préconise la priorité aux transports en commun, le développement des investissements ferroviaires plutôt que les projets routiers ou aéroportuaires, l’usage du transport maritime et fluvial ( avec, par exemple, un canal à grand gabarit Seine-Nord-Europe ). L’objectif étant de réduire les émissions de CO2 de 20% d’ici 2020.

Quant aux énergies renouvelables il faudrait atteindre, à la même date, le même pourcentage de 20% de toute la consommation d’énergie dans notre pays. Mais les objectifs chiffrés seront fixés en 2009 et ré-examinés en 2012. Ils porteront sur la meilleure utilisation du bois, de la géothermie, de l’énergie solaire, du biogaz. Ils considéreront, en particulier, l’intérêt des biocarburants. Mais cela dans un cadre international : «  La France soutiendra au niveau européen et international la mise en place d’un mécanisme de certification des biocarburants tenant compte de leur impact économique, social et environnemental « (article 18). Cette perspective explique l’insistance de la loi sur « l’effort de recherche » qu’il y a à faire (article 19), avec des partenaires étrangers sans doute.

Retour à l’éthique

Ces incertitudes, sinon ces hésitations de la loi française, nous renvoient à l’article de Dominique Bourg que nous avons mentionné au début de ce texte. Cet auteur ( et acteur social ! ) pense que l’état de la température ne peut guère changer ces années-ci, nous allons subir les conséquences de notre mauvaise « gouvernance » de notre Terre. Mais on peut encore viser une certaine amélioration au cours de la deuxième moitié de notre 21e Siècle : « S’il y a un après-Kyoto avec un horizon 2015-2020 un peu exigeant… on a une fenêtre d’action d’une quinzaine d’années, au mieux… » (op.cit.p.88). Si on n’en profite pas impérativement, on aura, par exemple, une augmentation de température d’au moins 3 degrés à la fin du siècle, ce qui serait catastrophique.

Dominique Bourg sait que de telles décisions ne sont pas purement techniques. Elles supposent nécessairement une vision éthique. Dans le passé, les relations interpersonnelles étaient, assez facilement, soumises à la « règle d’or » des moralistes : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît ». L’enjeu maintenant est bien plus lourd : il s’agit d’appliquer cette règle aux interactions collectives de toutes les nations et aux relations futures, au-delà même de notre siècle.

L’humanité trouvera-t-elle la raison et la force pour prendre de telles décisions, au-delà des intérêts catégoriels, nationaux, classistes, idéologiques… ? Si elle n’y arrivait pas, elle risquerait de se décourager de l’humanité elle-même et de sombrer dans des formes de « terrorisme écologique » qui ne servirait qu’à quelques-uns et détruirait les plus pauvres. Elle risquerait, même, de concevoir le sacré sous la forme d’une « sauvagerie divine » qui justifierait tous les crimes… Mais il n’est pas dit que l’humanité sera incapable d’une « approche anthropocentrée » de sa destinée, une approche du monde où l’humain est au centre et demeure l’exigence. C’est l’urgence de l’éthique et d’une « gouvernance » raisonnable.

                                                               Loïc Collet

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