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« Nous avons besoin d’une conversion écologique » disait le pape Jean Paul II. Ces mots retentissent maintenant dans de nombreuses consciences désireuses de les mettre en oeuvre. La revue « La Vie » ( Mai 2008 ) a provoqué l’échange d’un scientifique, Jean Marie Pelt, et d’un écrivain, Patrice de Plunkett, sur ce défi pour les Chrétiens.
Les deux interlocuteurs constatent un intérêt croissant des Chrétiens pour le combat écologique. Mais ils font le point des difficultés qui leur sont propres et de la faiblesse des « mouvements » de Chrétiens dans le débat et les décisions politiques en matière d’écologie.
Quelques résistances
Les freins peuvent venir d’une lecture partiale de certains textes bibliques. En particulier, ceux du livre de la Genèse qui urgent le devoir de dominer la terre, de la soumettre, comme si elle était une rebelle, un adversaire. Le sociologue Max Weber a rapproché ces textes de la dynamique du capitalisme moderne dans certaines sphères protestantes.
D’autres freins peuvent venir de l’orientation politique de certains Chrétiens, et cette fois plus souvent chez les Catholiques que chez les Protestants : pour eux la priorité est à donner aux enjeux moraux, de type plutôt individuel, au détriment des enjeux sociaux. Les Chrétiens situés à droite de l’échiquier politique s’engageraient moins dans les combats de l’écologie.
Organisations chrétiennes
Il faut donc se tourner vers les organisations chrétiennes pour examiner leur degré d’engagement. Ainsi Jean Marie Pelt, biologiste, est intervenu au dernier congrès du mouvement Pax Christi, en 2007. Il s’est réjoui que ce mouvement ait été le « navire amiral » de la flotte pour le développement durable et la solidarité. Car cette organisation introduit la notion de solidarité entre les générations, elle contient la loi de la jungle d’un monde en compétition, elle étend à l’ensemble du monde vivant la règle d’or : « Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’ils te fassent ».
Dans ce congrès de Pax Christi, le théologien Jean Marc Prieur précisait l’approche chrétienne du monde matériel. Il observe que les « récits de création » au début du livre biblique de la Genèse, peuvent « fausser la perspective » car « pour la révélation biblique, et pas seulement pour le Nouveau Testament, Dieu se révèle avant tout comme sauveur. Théologiquement, il est sauveur avant d’être créateur, et la création s’inscrit dans l’ensemble d’une œuvre de salut ».
Dans la Bible la création est bonne parce que Dieu a séparé les éléments du chaos et les a ordonnés de manière à ce que l’homme puisse y vivre. Cette tâche de mise en ordre du monde est confiée à l’homme qui donne un « nom » à chaque chose. La création est bonne mais elle n’est pas parfaite. La responsabilité humaine s’interpose entre ce qui est déjà là et ce qui doit être fait de cette nature. C’est l’attitude spirituelle du service de l’humain, dans le sillage du « Christ, image de Dieu et Seigneur… présenté comme un serviteur ».
Eglises et Union Européenne
Ainsi les Eglises chrétiennes apportent leur contribution aux préoccupations écologiques des Européens. Le 5 mai 2008, à Bruxelles, s’est tenue la 4e rencontre annuelle des présidents des Institutions de l’Union Européenne avec les représentants des Eglises et Religions en Europe.
Les Luthériens ont souligné que la lutte contre le changement climatique soulève des « questions morales, de justice et d’équité » mais que les difficultés « en apparence insurmontables » sont un défi contre la fatalité et la désespérance.
Les Catholiques ont repris un communiqué de la COMECE ( commission des Evêques catholiques d’Europe) avec sa distinction « nature / création ». Le terme « nature » a fait, trop longtemps, référence à des ressources inépuisables. Le terme « création », par contre, fait appel à la responsabilité de l’homme ( à la suite de la parole divine ) et donc au destin commun de l’homme et de son environnement.
Les propositions des Catholiques à Bruxelles vont dans deux sens différents. D’abord la conversion personnelle : « Dans le monde actuel, nous sommes obligés à une ascèse et à nous contenter d’un mode de vie plus simple pour préserver les ressources de la création et les partager avec les populations plus pauvres ». Puis l’amélioration des institutions : c’est le souhait de la création d’un département européen de « Dialogue avec les religions », et d’un « Haut Représentant pour les générations futures », qui serait aux côtés du Haut Représentant de l’Union Européenne pour les relations extérieures.
Loïc Collet