NUIT A TERME

Au commencement était la nuit brillante,

jet d’encre avant le temps, hors du temps,

là où les eaux blanches et noires se mêlent

jusqu’à la déchirure de l’aube.

 

 

Du soir au matin comme une éternité

le rêve lange le corps plus lourd que le sommeil,

débride la plaie dans la peau vive,

couvre de sa robe la chair inquiète.

 

C’est l’appel au chien fidèle

et au loup gris de faim,

le cri de la bête à tête d’homme,

du brigand sous son bandeau à l’œil.

 

Tard dans la nuit l’âtre rougeoie,

croix de feu sur le front,

croix de sang sur le coeur.

Le silence l’exauce et affûte la voix.

 

Du cri sans écho au cri du bâtisseur

le cœur fait son chemin jusqu’à l’éveil.

A travers le champ du vide buissonneux

le sentier mène à la clairière.

 

Pour la stellaire d’un seul matin,

la véronique qui espère dans le fossé,

l’écorce au pied de l’arbre

après l’odeur des cendres froides.

 

Au matin, la main

sur un peu d’argile à modeler,

la face humaine en porcelaine à ravauder,

le royaume, avant que revienne l’hiver.

 

Un sac d’étoiles sur l’épaule,

l’éveillé attend l’écho de sa voix.

Il a rêvé contre la nuit,

il voit son frère et cesse de trembler.

                                                        Loïc Collet

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