Les disciples de Jésus avaient disposé d’une salle pour fêter la pâque, peu de temps avant la mort de Jésus. Leur souvenir est encore vif de ce qu’ils y ont vécu et ils s’entendent pour s’y retrouver. Il n’est plus possible de rester si nombreux chez Lazare à Béthanie.
Cette salle, qu’ils appellent « la chambre haute », est à l’intérieur de la ville, face au Mont des Oliviers. Le groupe se compte. Des Douze il ne manque que Judas, celui par qui la chute s’est produite. Les autres sont là : Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le zélote, Jude fils de Jacques. Il y a aussi de la parenté de Jésus, de la proximité de Jésus, en particulier des femmes au coeur fidèle. Même Marie, la mère de Jésus, les a rejoints. Le fruit de ses entrailles est vivant. Ils le croient. Jésus est le Béni de Dieu.
C’est Pierre qui prend la parole. Il rappelle le chemin qu’ils viennent de faire pour reconnaître parmi eux le Seigneur Jésus. « Frères, il fallait que s’accomplisse ce que l’Esprit Saint avait annoncé dans l’Ecriture ».
Ils ont connu, « pendant trois jours », les « ténèbres opaques » comme celles que Moïse étendit de sa main sur le pays d’Egypte, d’après le livre de l’Exode. Ils étaient alors les habitants de l’ombre mais le prophète Amos avait assuré qu’en ces jours-là le Seigneur lui-même « fera se coucher le soleil en plein midi et enténébrera la terre en plein jour ».
Pendant qu’ils fuyaient loin du Golgotha, en aveugles, c’était comme si la terre sous leurs pas était prise d’un tremblement. Ils croyaient que c’était l’écroulement du monde, alors que c’était les prémisses du monde nouveau entrevu par le prophète Isaïe : « Tes morts revivront, leurs cadavres ressusciteront. Réveillez-vous, criez de joie, vous qui demeurez dans la poussière ! ». Quelle rosée s’est posée sur le tombeau de Jésus, le premier jour de la semaine ? « Ta rosée est une rosée de lumière et la terre aux trépassés rendra le jour ».
Pierre se rappelle qu’il est allé au tombeau, ce matin-là, avec Jean. Il n’a pas vu le cadavre de Jésus et il n’a rien vu d’autre. Pour lui, après la mort de Jésus, il n’y avait plus rien de son histoire. Pierre n’a rien perçu de l’invisible. « O coeurs lents à croire ! », avait dit Jésus.
Mais les femmes qui sont allées pour l’embaumement avaient le cœur prêt à s’illuminer. L’amoureux de la vie ne pouvait pas mourir. Et la lumière de Dieu leur a répondu, dans la blancheur de l’aube, comme descend de la nuée en hiver la neige sur la montagne de Sion, comme éclatent en fin d’été le tonnerre et les éclairs.
Alors elles ont entendu l’écho de Jésus : « C’est lui le fils de l’homme. Il a été livré aux mains de hommes pécheurs. Il le fallait. Il leur était donné. Ils l’ont crucifié mais vous le cherchez encore. Recevez la bonne nouvelle : il n’est plus là, car la mort ne l’a pas étendu pour toujours. Il s’est relevé, il s’est dressé dans la vie qui vient d’en-haut. Il est vivant ! ».
Ce jour-là, les disciples ont pensé que les femmes déliraient. Maintenant, dans cette chambre haute, ils voient ce que les yeux ne voient pas. Leur esprit passe dans une réalité qui vient de s’ouvrir devant eux : le monde de Dieu où Jésus tient le centre, où il témoigne du souci du Père pour les hommes.
Il s’agit, maintenant, de prolonger son témoignage. L’histoire de sa vie d’homme et de son message avait commencé en Galilée. C’est là qu’il faut reprendre pied, pour reprendre langue. C’est là que Jésus va « sortir » de nouveau, pour rencontrer la foule, ses estropiés et ses affamés. C’est là qu’il les attend.
Retournons en Galilée… Les disciples quittent la chambre haute. La parole va tomber de nouveau sur les chemins, de pierre ou de bonne terre. Les nouveaux ouvriers pour les nouvelles moissons, « jusqu’au sommet des montagnes », disaient les prophètes.
( à suivre ) Loïc Collet