Dans les yeux désembués après la nuit,
dans les buissons avant l’essartage,
tu captes un épars de chaleur comme un départ de feu
où l’orage vient s’asseoir pour la journée.
Ton rire cascade depuis l’enfance
sur le sentier qui longe nos torrents.
Tu vides sur l’herbe la cendre des urnes
des dormeurs debout entre pierre et fougère.
Torsades de souffrance au coin de la bouche,
étoile tremblante à l’œil mi-ouvert,
tu arrêtes le maussade qui fauche les fritillaires
et réveilles la source en lui bordée de saxifrages.
Le coeur au décolleté orné d’un liseron,
quelques graines de bardane dans les cheveux,
nous quitterons la nuit méchante comme vomi de fiel,
nous éventrerons la cosse du temps pour son amande.
Comme le crucifié s’arrache à son gibet
et s’en retourne avec les loups et les colombes,
nous mangerons nos grappes dans la bouche des vivants
et forcerons la pierre à bourgeonner hors saison.
Lait noir de l’aube, lait blanc du soir,
cheveux grisaille à la veillée des morts,
sous l’immobile le cœur se met à battre,
l’œil bleu de ciel se lève et se couche satisfait.
Sur mon regard au loin, tu cours là où je rêve.
Nous mettrons de côté une perle pour l’oiseau,
nous recollerons dans la nuit les quartiers de lune,
nous dessinerons au ciel notre constellation.
Loïc Collet