SOUMIS A LA TENTATION ?

La prière que Jésus, le Christ, a laissée à ses disciples contient une curieuse demande à Dieu : « Ne nous soumets pas à la tentation «. Dieu pervers ? Dieu méchant ? Dieu cauchemar ?

 

 Les mots 

 

Remarquons d’abord que « tentation »  n’est pas synonyme de «  mal. La « tentation » est une situation matérielle ou psychique qui invite à faire du « mal ».

Quel mal ?

De quel mal s’agit-il quand on parle de tentation ?

On ne parle pas de l’animal ( un animal n’est pas « tenté », il est conditionné ).

On parle de l’être humain, dans la mesure où il n’est pas totalement conditionné, où il a une marge de liberté.

L’expression « mal moral » est trop ambiguë : 

- Le premier niveau du mal est la douleur physique, organique ( Elle est commune à l’homme et à l’animal ).

- Le 2e niveau du mal est la douleur psychique  ( Facilement présente dans l’homme, elle a des formes particulières dans le « psychisme » animal ( à définir ! )

- Le 3e niveau du mal est l’atteinte à la spécificité humaine qu’est sa raison et sa dignité. Elle se situe dans le domaine de la conscience, de la liberté et de la valeur. En langage de morale, cela s’appelle « la faute » ; en langage religieux, cela s’appelle « le péché ». ( Ce niveau de mal peut s’accompagner de douleur psychique ).

- Le 4e niveau du mal est l’extension des atteintes à la dignité humaine dans les relations de la vie en société. ( Ce niveau du mal peut s’accompagner de douleur psychique ).

Les sources  

Les sources de l’activité qui produit le « mauvais » et le « bon » sont les pulsions fondamentales de l’être vivant : la pulsion de mort ( depuis la simple exigence de survie chez l’animal jusqu’aux mécanismes complexes de l’homme qui a à survivre sans supprimer l’autre humain ) et la pulsion de vie ( ou éros ) ( depuis la saveur d’un aliment jusqu’aux plus fins plaisirs de l’esprit ).

Le mal et la liberté 

Les croyants de la Bible n’étaient pas parvenus à analyser les pulsions propres à l’être humain et le rôle de la liberté personnelle pour les gérer.

Ils n’avaient pas perçu que la liberté ( apparaissant au cours d’une évolution qu’ils     ignoraient ) produit un écart constitutif de l’homme par rapport à Dieu. Même l’Alliance biblique ne leur apparaissait pas comme un rapport entre deux partenaires autonomes. ( Le croyons-nous aujourd’hui ? )

Mettant tout « sur le dos de Dieu » ils ne savaient pas comment le disculper du mal. Alors ils ont imaginé un être qui aurait une part de responsabilité à côté de celle de l’homme, on l’appelle dans la Bible : le « Satan ».

Mais c’est une image, une fiction, faute de pouvoir nommer le mal à l’intérieur de l’homme.

( La question, alors, rebondit : « N’est-ce pas Dieu qui a « fait » l’homme ? N’est-il donc pas responsable du mal en lui ? «  La question sous-jacente est celle de la « création » de l’homme. S’agissant de l’homme,  qu’est-ce que Dieu a réellement créé ? Si l’on relativise le mythe biblique de la création, ne pourrait-on pas dire que l’avènement de l’humain est une potentialité de la nature qui a mûri et que Dieu est à situer non pas à une origine mais dans le développement de la liberté qui peut se lier à Lui ? La foi chrétienne se joue dans le temps, et non pas hors du temps ).

Le mal, à combattre 

La douleur physique est celle que rencontre l’homme en subsistant parmi les éléments de la nature.

La douleur psychique est celle qu’il rencontre en prenant sa place parmi les hommes.

La souffrance morale, il peut la connaître si ses exigences de dignité sont vives.

La souffrance sociale, il peut la connaître s’il est solidaire des autres humains.

Douleur et souffrance, le croyant peut les vivre et les combattre, en partenariat avec Dieu et spécialement avec le Christ incarné.

Et l’autre face de l’existence demeure, celle de l’Eros, du plaisir et de la joie, dont le Christ nous assure.

                                                                                  Loïc Collet

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