Un savant, archéologue, vient d’être interviewé par la revue « Lumière et Vie » (Avril-Juin 2008 ). Il s’appelle Jean Baptiste Humbert. Il est chercheur à l’Ecole biblique et archéologique de Jérusalem depuis 35 ans. Il a participé à des fouilles en Israël, en Iran, en Jordanie, à Gaza… Ces pays sont, de diverses manières, des « pays de la Bible ». C’est sous cet angle qu’il est questionné car, dit-il, l’archéologie l’amène à y « foule(r) le sacré presque à chaque pas » ( op.cit.p.5 ).
Archéologie et Bible
Pendant sa jeunesse, J.M. Humbert a fait une double expérience qui orientera sa vie. Il a été fasciné par les « cavernes » et les a ressenties comme « un monde hostile, hors de la vie…un monde de mort ». Puis l’expérience de la vie ne tardera pas à venir, avec « la découverte des grottes ornées, préhistoriques », irruption d’une humanité en marche, tâtonnement déjà autour de la question « Qu’est-ce que l’homme ? «, premières inscriptions de l’esquisse du sacré…
Ces questionnements vont prendre corps dans la pratique de l’archéologie. Il rejoint, à l’Ecole biblique et archéologique de Jérusalem, d’autres savants dominicains. Il entre dans les perspectives nouvelles que le fondateur de cette école, le Père Lagrange, a ouvertes : la Bible n’est pas un objet de laboratoire, elle ne peut s’entendre que dans la « terre » dont elle est sortie, sa géographie, son histoire, les moeurs de ses populations, tous ces « monuments » que l’on peut observer scientifiquement, pour accéder ensuite aux « documents », surtout écrits, qui avancent des significations à interpréter.
Vérité et Bible
L’archéologie ne peut donc être une illustration de la Bible, même si beaucoup de pèlerins en Terre sainte continuent d’en rêver. Lequel d’entre eux n’a pas tendu la main vers le « rocher du Golgotha » comme vers la terre trempée du sang de Jésus ? Or ce rocher est ce que les Chrétiens ont vu longtemps après le versement de sang dont parle l’Ecriture. Et c’est la foi chrétienne qui dit le sens du Golgotha, une foi qui reste dans la continuité avec l’existence de Jésus mais qui se vit comme une relation d’aujourd’hui au Christ ressuscité.
L’archéologie n’est pas un texte qui nous parlerait du Christ, elle est l’inventaire du milieu syro-palestinien au début de notre ère. Derrière ses « objets » évocateurs il y a toujours à chercher les hommes qui y ont vécu et qui, pour quelques rares parmi eux, ont laissé des traces dans ce qui a été « dit » d’eux. Jésus en est un, d’après quelques « documents » sur sa personne. Ces documents sont le « texte, l’archéologie est un « pré-texte ». Elle est, dit notre auteur, « le cadre de celui qui est parti » (op.cit ;p.12).
Les trois temps de la parole
Pour l’archéologue chrétien, comme pour tout autre chrétien, la Bible s’articule sur trois sujets : l’écrivain sacré, le lecteur croyant, Dieu dans sa parole à l’homme. Le troisième sujet, dernier et premier, c’est Dieu dont l’Esprit atteint l’esprit de l’homme dans le message que porte actuellement la communauté des croyants. Le deuxième sujet, embarqué dans le cours de l’histoire, est celui qui accueille cet Esprit. Enfin, le sujet qui a déclenché cette histoire de paroles est celui qui l’a consignée par écrit, au nom de sa propre foi et de la communauté.
A la fin de l’interview, J.B. Humbert rappelle que la fréquentation de la Bible dans les pays qui l’ont vu naître, ne peut que se charger des souffrances des peuples qui y vivent. Avec son savoir d’archéologue, parle-t-il de Dieu ? lui demande-t-on. Oui, à sa manière, répond-il. « Il faut instruire, il faut guérir… lâcher le mot qui dénoue, qui libère et c’est Dieu qui, en arrière, dénoue et libère… Il faut souffrir avec… » Au bout de la présence, la compassion. Car « Dieu est miséricorde » (op.cit.p18).
Yvonne Leray et Loïc Collet