( mots d’un Chrétien, sur la tombe d’un enfant )
Nous sommes, ensemble ici, pour l’inhumation de J… qui est morte au bout de cinq mois de vie dans le sein de sa maman. Dans la douleur de la séparation, pouvons-nous dire quelque chose sur le sens de ce que nous vivons en ce moment ?
En tant que citoyens nous savons qu’un enfant de cet âge-là est sujet de certains droits, en particulier le droit à une inhumation publique comme toute personne. Mais, en disant cela, on est encore à l’extérieur du vécu qui nous saisit. Le vécu, c’est la relation qui s’est établie entre ce petit être et ceux qui l’ont aimé et qui l’aiment.
Aujourd’hui, la relation est établie d’abord par la mémoire. Le papa et la maman, tout particulièrement, savent ce qu’ils ont éprouvé pour J… depuis le moment où ils ont pris conscience de son existence et où leur affection a commencé à se développer envers cet être nouveau, bouleversant, qu’ils avaient engendré. Cette mémoire aimante ne s’éteindra pas.
Mais on peut dire encore autre chose au nom de la foi chrétienne. Je vous propose donc cette compréhension possible pour cette situation qui nous rassemble. La foi chrétienne est la suite et le développement de la foi juive, telle qu’elle apparaît dans la Bible. Or la Bible n’est pas d’abord un livre de morale ou de lois, ou de religion avec des rites.
Alors, peut-on dire cela de J… : elle est considérée par Dieu dans une tension d’amour vers elle ? On rencontre là une première difficulté : elle n’a pas été en état de répondre à cet amour. A cela on peut opposer notre expérience : l’amour peut exister, et très fortement, alors qu’il n’y a pas, ou peu, de réponse. On le sait, par exemple, avec certains grands handicapés. Et il y a une deuxième difficulté, plus profonde encore, c’est de se demander : dans quelle mesure un être vivant depuis cinq mois dans le sein d’une femme est-il un être humain ?
Nous savons l’impossibilité de répondre scientifiquement à cette question. La société y répond d’une manière pratique, en sachant que ses arguments, en particulier du côté de la viabilité de l’enfant, sont toujours ré-examinables. C’est là qu’il y a pour les parents l’espace de choix de conscience. Parmi ces choix, il y a celui d’entendre les paroles de la Bible. Par exemple celles du prophète Jérémie: « Avant que tu prennes forme dans le sein de ta mère… avant que tu sortes de son ventre, je t’ai considéré comme un être sacré » (Jer 1,5 ).
C’est la position de foi : Dieu se lie d’amour, fait alliance d’amour, avec tout être qui arrive à l’existence. Dieu dit à chacun, selon le beau langage de la Bible : « J’ai écrit ton nom sur la paume de ma main ». Mais quand l’a t-il fait ? Il semble rigoureux d’admettre : au moment où se sont unies les cellules premières venant du père et de la mère. Quand les parents conçoivent l’enfant, Dieu s’engage d’amour avec lui.
J…, dès le début de son existence, était enfant de Dieu. La mort ne rompt pas cette relation, pas plus pour elle que pour nous. J… est prise dans le mouvement du Christ qui, à sa mort, est passé à son Père. Et nous pouvons tendre vers elle, avec toute notre tendresse. Elle nous est présente, grâce au Christ, comme tous ceux que nous avons aimés et qui sont en Dieu.
Loïc Collet ( prêtre )