SAXO-BASSE

Aux mots qui buttent dans le fond de ta grotte,

tout juste murmurés ou coupés de hoquets,

j’ai pris leur usure et les ai restaurés,

pour qu’ils soient d’amadou et s’enflamment d’eux-mêmes.

 

 

Tu les vois traverser à grands pas l’horizon

et lancer notre âme par-dessus bord,

dans le Non au désir, ce désir avant mort.

Chacun veille au seuil de sa nuit.

 

                     L’outil est tranchant car la meule est humide
                     de larmes, de glace, de glissade sans fond.
                     Mais pour peu que le vide fût accepté de nous
                      nous nous sommes retrouvés légers, légèrement liés.

                     Tant qu’un arbre sera debout il y aura espoir,
                     espoir que pilote la nuit vers le pays du frère
                     jusqu’au seuil où vient trébucher l’ami fatigué,
                     les poches peines de fleurs d’héliotropes.

                      Loué sois-tu, Sans-Nom,
                      issu d’une nuée ensemencée d’étoiles.
                     Tu te tais et tu clames comme une cicatrice
                      d’un monde à chanter des chants inespérés.

                      Dans le creux de ton inaltérable Oui,
                      depuis l’attaque du saxo-basse et ses trois mots
                      qui te valdinguaient le cœur à l’improviste,
                      tu amasses à l’infini les noms et les louanges.

                                                  Loïc Collet

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