Comment sont-ils arrivés là ? Comment sont-ils arrivés, une poignée d’hommes, dans ce petit port de la province romaine qu’on appelle la « province d’Asie « ? Un port en face de plusieurs îles par lesquelles, d’un embarquement à l’autre, on peut atteindre ce pays qui impressionne tant les Chrétiens, la Grèce ?
Quelques dizaines d’années après la mort de Jésus, il est bien entendu que ce qui se raconte de l’origine de leur communauté est glorieux. C’est chez eux qu’est parvenu celui qu’on appelait « le disciple que Jésus aimait » et que les Chrétiens nomment Jean. Ils en sont fiers car, disent-ils, il était présent à la croix quand Jésus mourait. Il y était avec Marie, la mère du Crucifié. Et Jésus leur a dit : « Fils, voilà ta mère. Mère, voilà ton fils ».
Jean a entendu la parole à la lettre, il a pris Marie chez lui, comme on prend sa mère quand elle reste seule. Et les deux ont été emportés dans les pérégrinations de la Bonne Nouvelle et sont arrivés dans ce port d’Asie. Combien de temps y aurait vécu Marie ? Personne ne l’a dit. Par contre, on assure que Jean a subi des persécutions, au point d’être assigné à résidence dans une île au large de la côte.
Mais on conserve de lui de précieux témoignages. En particulier sa découverte du Christ ressuscité. Il y était préparé peut-être plus que d’autres. Avec Pierre et Jacques, un jour où ils étaient ensemble sur une montagne, Jean avait discerné quelque chose de l’éclat divin de Jésus. Il l’avait vu lumineux, transfiguré. Et, le surlendemain de la mort de Jésus, quand il est entré dans le tombeau du Crucifié après Pierre et qu’il l’a trouvé vide, il a cru que Jésus avait échappé à la mort.
Il a raconté d’ailleurs bien autre chose sur ces jours qui ont suivi le crucifiement. Car il n’est peut-être pas le premier à avoir cru au Christ vivant. Il a bien connu, dans le groupe des femmes qui aidaient les disciples, Marie de Magdala. C’est elle, dit-il, qui est arrivée la première au tombeau du Golgotha, le lendemain de Pâques. Après le choc du tombeau vide et la première incrédulité de Pierre, c’est elle qui a vu un homme debout dans le jardin. Etait-ce le jardinier ? Non, affirme Marie de Magdala, par la suite. C’était Jésus lui-même. Elle l’a appelé « Rabbouni ». Il lui a répondu qu’il montait vers son Père.
Les Chrétiens de cette ville d’Asie gardent tout cela qu’ils ont reçu du disciple bien-aimé. Ce qui concernait la mère de Jésus, dès le début de la prédication du Nazaréen, avec les signes comme celui de Cana, jusqu’à sa présence au pied de la croix. Ils se souviennent plus qu’ils n’ont écrit. Ils ne consignent pas tout, par exemple comment Marie a vécu après la mort de son fils et comment elle a fini sa vie. Mais ils sont convaincus que l’origine de leur communauté chrétienne c’est ce Jean qui a vu de ses yeux et touché de ses mains le Verbe de vie.
Ils gardent également la mémoire de Marie de Magdala. Cette femme de coeur, sauvée de nombreux « démons » par Jésus, comme eux-mêmes ont été sauvés du péché et de l’ignorance des païens. Une femme dont on peut dire aussi qu’elle était « la disciple que Jésus aimait » et qu’elle leur a témoigné la miséricorde et la tendresse de leur Rabbouni.
( à suivre ) Loïc Collet