SPIRITUALITE DE LA MISSION OUVRIERE

Ecrit sous ce titre «  Spiritualité de la Mission Ouvrière » par Jean Pierre Roche, en Août 2008, pour la revue « La foi d’un peuple », cet article rapproche deux termes mal connus. Le terme « spiritualité »  a pourtant beaucoup de succès si l’on en croit les nombreux livres qui l’emploient  mais son sens est d’autant plus illimité. Le terme « Mission Ouvrière », par contre, est précis mais il nécessite des explications d’ordre historique.

 

 

Précisions sur les mots

 

 

Commençons par le deuxième terme. La « Mission ouvrière » est une organisation catholique, née en 1958. Elle a fédéré plusieurs mouvements, apparus après 1927, et développés à partir des objectifs et des méthodes de « l’Action catholique » : Jeunesse Ouvrière Catholique, Action Catholique de l’Enfance, Prêtres-Ouvriers, Action Catholique Ouvrière ( adultes ), Religieux(ses) en classe ouvrière, prêtres de paroisse en zones urbaines…

 

 

Quant  au terme « spiritualité », il n’est pas pris ici dans le sens de certains courants philosophiques  qui, dans le passé, voyaient dans l’être humain un principe indépendant de la matière. Il n’est pas pris non plus dans le sens de nombreux penseurs du 19e siècle pour qui la spiritualité était un ensemble de principes et de comportements exprimant des valeurs morales. Il est pris au sens, encore assez commun : un ensemble de principes et de pratiques exprimant une démarche religieuse.

 

 

Humanisme du croyant

 

 

L’auteur de l’article se cantonne dans la démarche religieuse du christianisme, avec ses deux pôles : le Dieu de Jésus Christ et l’homme qui croit en ce Dieu. Mais la particularité de ce texte est de ne pas se rattacher à une configuration ancienne de la foi chrétienne ( on a parlé de spiritualité à la manière de François d’Assise, à la manière de saint Ignace, etc… ). Elle présente une configuration nouvelle ( depuis 70 ans ! ) : le mode de vivre et de penser de l’Action Catholique, en lien avec « ce qu’on pourrait appeler l’humanisme ouvrier ( le sens du collectif, de la lutte, de la solidarité…) » (op.cit.). Non pas une spiritualité qui ne puise ses fondements que dans sa propre foi ( position endogène ) mais une spiritualité qui intègre des éléments non-religieux ( source exogène ) : le mouvement de la société.

 

 

Sans avoir analysé ce qu’il appelle « l’humanisme du mouvement ouvrier », l’auteur reprend ce terme « humanisme » et l’applique à la foi chrétienne. Elle est un humanisme par sa source même, dit-il : l’union de Dieu et de l’humanité dans la personne de Jésus de Nazareth. Et cette union fait sens dans les deux directions : Dieu constitue la véritable humanité en venant dans l’homme et l’homme réalise cette humanité comme l’image de Dieu présentée en Jésus. « L’incarnation » est à la fois don de Dieu et réponse de l’homme à Dieu.

 

 

Notons ici une expression peu courante : le « projet intégraliste » de l’Action Catholique, et donc  de tous ces groupes de la Mission Ouvrière. Cela veut dire que si l’action de ces Chrétiens, individuellement et collectivement, est inspirée par l’esprit du Dieu incarné, c’est la société entière qui est concernée, bien au-delà de l’Eglise. Ce n’est pas un droit, c’est une tâche envers l’humanité.

 

 

Pour autant, il serait prudent de réserver l’expression « Parole de Dieu » à Jésus lui-même. C’est par lui que Dieu a dit ce qu’il « voulait ». Maintenant ce sont les Chrétiens qui portent et transmettent cette parole du Christ. Les évènements nous parlent de Dieu si nous les faisons « « parler », avec l’esprit de Jésus. Dieu ne s’en sert pas, c’est nous qui nous en servons, pour honorer et servir celui qui prend chair parmi nous.

 

 

Spiritualité du combat

 

 

Nous arrivons ainsi, après l’humanisme christique, à la deuxième note de la spiritualité de la Mission Ouvrière : le combat pour l’homme. On doit encore le fonder sur ce qu’a été Jésus. Il a mené le combat pour être l’homme qu’il fallait à son époque et dans la  société où il vivait. Combat « intérieur et social, mystique et politique » (op.cit) : dans son vouloir propre et ses comportements envers tous, dans sa relation extrême au Père et dans la conversion du pouvoir.

 

Avec les mêmes orientations les Chrétiens en monde ouvrier luttent contre les conditions de vie d’aujourd’hui qui déshumanisent, pour un monde renouvelé selon l’esprit de Jésus, pour une humanité qui tend à la fraternité. Lutter, c’est aimer, surtout quand la lutte pour la dignité et la liberté semble inefficace, quand la dynamique du mieux-être des esprits et des corps semble refluer, quand l’histoire n’est plus dans la conquête d’une « terre promise » comme souvent dans la Bible, mais dans le désert ou l’exil, autres temps pour le peuple.

 

Spiritualité de la relation

 

La spiritualité de la Mission Ouvrière se vit ainsi au jour le jour dans la fidélité aux relations : à l’image de Dieu qui est Père, Fils et Esprit et qui a noué une alliance avec chaque membre de l’humanité, ces Chrétiens du monde ouvrier veillent à « tenir ensemble » dans le combat pour l’humanisation de tous et dans le « croire-célébrer ensemble » avec les signes actuels du Christ, la parole de foi et l’Eucharistie.

Le mot « humanisme » n’est apparu qu’au milieu du 18e siècle. Il signifiait, en ce temps-là, l’attitude morale de « philanthropie » ou amour des hommes. L’humanisme des Chrétiens en monde ouvrier vise le même amour des hommes, mais dans les conditions de vie d’aujourd’hui : injustice ou justice, égoïsme ou solidarité, solitude ou présence de Dieu

                                                                                         Loïc Collet

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