L’Eglise catholique, dans le Morbihan, est sollicitée depuis deux ans par son évêque, Mgr Centène, pour une réflexion intitulée « Communion pour la mission ». Cette réflexion dans divers groupes de travail a permis, dit l’évêque, « d’élaborer quelques orientations possibles pour notre Eglise diocésaine ». Il s’agit maintenant, en troisième étape, de réaliser « un projet diocésain missionnaire et pastoral qui permettra de mobiliser nos énergies au service du Christ et de son message dans les années à venir ».
A - Présupposés de l’évêque
Il vise bien un projet pour le diocése, un projet qui sera promulgué à
A cet exposé l’équipe des prêtres-ouvriers du Morbihan avait fait quelques remarques, en Mai 2007. Extraits :
- L’ordre du questionnaire est contestable : en tête, la « communion », ensuite la « mission ». Le point de départ est, là encore, « entre nous », « entre Chrétiens ». Le souvenir de Vatican II ( l’Eglise dans le monde) devrait ancrer notre recherche commune d’abord dans notre mission de croyants au Christ incarné… Il faudrait donc inverser l’ordre en « la mission, la communion ».
- La communion se développe réellement entre les Chrétiens dans la mesure où ils partagent leur dynamisme pour la mission et la reconnaissance des participations multiformes à la proposition de l’Evangile.
- L’ecclésiocentrisme n’est pas un bon départ, ni à plus forte raison les « sentiments » de nos subjectivités individuelles. La passion de l’apôtre Paul pour l’évangile du Christ fonde tout ce qu’il peut ensuite éprouver à l’égard des Chrétiens.
- L’ordre des caractéristiques de la mission ( annoncer, célébrer, servir ) est un ordre de type théologique qui a bonne presse dans certains secteurs de l’Eglise d’aujourd’hui… L’ordre qui correspond à une bonne pédagogie pour proposer la foi à notre monde serait plutôt : « servir, comme le Christ, l’humanité… célébrer-annoncer Jésus et son Esprit ».
- Etre en communion avec le monde, cela se dit dans nos révisions de vie, dans les divers groupes où la foi s’exprime. Cela se partage entre groupes quand la pastorale locale est organisée pour cette communication en Eglise. C’est cela travailler pour la « communion en Eglise », d’une manière réaliste, non pas en disant « Seigneur ! Seigneur ! » mais en célébrant dans l’échange et la prière ce que nous faisons pour le « royaume de Dieu ».
Ces remarques n’ont nullement modifié la logique épiscopale ( la communion pour la mission) ni sa tentative de déduire une pastorale d’une vision théologique partant de la Trinité et menant à une vision intimiste de l’amour entre les Chrétiens.
Cela explique sans doute que les mots retenus pour fonder les orientations pastorales sont juxtaposés sans ordre, bien loin de scander un projet qui se tienne : accueillir, former, changer notre cœur, célébrer et prier, proposer, servir, dialoguer, communiquer. Et le petit commentaire qui les accompagne va en divers sens. Mais utilisons tout de même ce cadre, en suggérant d’y mettre un autre ordre et, peut-être, un contenu différent.
B - Orientations spirituelles
1 - Accueillir
Accueillir la société dans laquelle nous vivons, « l’activité humaine… ce gigantesque effort par lequel les hommes… s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie » ( Gaudium et Spes, 34 ).
Accueillir « l’essor de la culture » avec ses nouveaux styles de vie, le développement de certaines valeurs.
Accueillir les activités humaines dans le monde économico-social, le monde politique, la communauté des nations.
Accueillir chaque personne, le riche et le pauvre, le dominant et le dominé, l’instruit et l’ignorant, le jeune et le vieux, l’inclus et l’exclus, le croyant et l’incroyant, l’homosexuel et l’hétérosexuel, l’autochtone et l’étranger, le traditionaliste et le progressiste, l’engagé et l’indifférent… « chacun avec ses manques … et ses capacités ».
L’Eglise, comme lieu de cette reconnaissance, du regard bienveillant sur le monde.
2 - Servir
Mener les activités nécessaires « de manière à bien servir la société…prolongement de l’œuvre du Créateur… service des frères…apport personnel à la réalisation du plan providentiel dans l’histoire » (G. et S. 34), dans les divers secteurs de la vie que l’on a pu discerner.
Les chantiers les plus urgents sont ceux des grandes souffrances d’aujourd’hui pour le corps, la dignité, les droits, le sens de la vie et de la mort…
L’Eglise, comme lieu où l’on entend la question : « Où es-tu serviteur pour tes frères, les hommes ? ». L’Eglise, comme lieu du « souci » pour l’humanité.
3 - Dialoguer
Dialoguer avec chaque personne considérée comme un visage unique et précieux de l’humain.
Dialoguer avec chaque groupe à la mesure des valeurs qu’il veut promouvoir.
Dialoguer avec chaque religion comme canal d’une vie qui remonte à sa source divine.
Dialoguer, non pas pour satisfaire son propre narcissisme qui voudrait sortir « heureux d’un échange », mais pour se nourrir mutuellement de ce qui nous fait vivre.
L’Eglise, comme lieu, non du stade infantile du « miroir », mais du stade du don, du passage à l’autre.
4 - Changer notre coeur
C’est la condition du dialogue : estimer, admirer ce qui nous entoure, surtout les personnes… se dessaisir de ses préjugés, comprendre d’autres motivations de vie, d’autres manières d’apprécier, d’aimer…
L’Eglise, comme lieu, non seulement de la tolérance, mais de l’estime et de la modestie entre fils de Dieu.
5 - Former
C’est la responsabilité de tout Chrétien d’approfondir sa foi en raison des situations qu’il connaît ( familiales, professionnelles, sociales, politiques…) et en raison des tâches qu’il peut y mener.
L’Eglise, un lieu qui assure une catéchèse d’adultes « basique » pour tout Chrétien indistinctement,
et un lieu pour des catéchèses ou des formations spécialisées : un cultivateur, un médecin, un ouvrier d’usine…n’ont pas le même cheminement dans la foi.
6 - Proposer
Les paroles de Jésus sont plus que jamais à entendre : « De toutes les nations faites des disciples… Allez, proclamez la Bonne Nouvelle à tous… Prêcher la conversion… c’est vous qui en êtes les témoins ».
La parole et le témoignage sont les deux chemins de la proposition de la vie et de la mission de Jésus.
L’Eglise, comme lieu d’élaboration de cette parole croyante aujourd’hui et soutien du témoignage en conformité avec l’Evangile.
7 – Communiquer
Si communiquer c’est trouver les moyens pour parler de nous et de l’Eglise, il y a quelques medias accessibles pour cela. Mais nous en connaissons les ambiguïtés et, parfois, les perversions.
L’Eglise, un lieu où l’on communique autrement que les experts de la « com ».
8 - Célébrer et prier
Ce n’est pas au terme du processus de la vie de foi qu’on s’interroge sur « célébrer et prier ». Prier, c’est le langage adressé à Dieu à chaque étape de la vie et au fil des évènements.
Célébrer, dès qu’on se trouve « à deux ou trois au nom de Jésus ». Jésus a prié au désert. Il a prié en voyant l’Esprit de Dieu dans la foule des « petits ».
L’Eglise, un lieu où la tête brûle devant le Buisson Ardent, alors que les pieds continuent à patauger dans la Mer des Joncs, à la sortie de l’esclavage…
C - Mises en œuvre pastorales
Le projet pastoral pourrait distinguer plusieurs niveaux :
1 - Le niveau local
L’organisation du diocèse de Poitiers donne de bonnes indications : les Chrétiens se réfèrent aux « Communautés locales » proches de leur lieu d’habitation. Et ces communautés, avec leur « équipe de base » de 5 personnes, font appel aux capacités des gens, soutiennent leurs engagement dans la communauté humaine, cherchent les moyens de former la conscience chrétienne et s’efforcent de cheminer ensemble dans la foi ( servir, évangéliser, célébrer).
2 - Le niveau diocésain
Ce sont les choix à faire pour les services de l’Eglise diocésaine :
- La catéchèse des enfants
- L’accompagnement, à chaque âge, de la confrontation de la foi et du milieu de vie ( ainsi dans l’Action Catholique ou autres groupes éducatifs et apostoliques )
- La liturgie et les modes d’expression de la foi
- L’ouverture de l’Eglise au monde sécularisé et globalisé
3 - Les « tâches orphelines » ( comme les maladies du même nom ! )
- L’urgence d’une catéchèse d’adultes à laquelle tout Chrétien pourrait être convié
- L’urgence de propositions de foi à certaines catégories éloignées de l’Eglise ( le monde des « psy », des entrepreneurs, des chercheurs, des medias, des précaires… )
- L’urgence de tempérer la parole qui « sait » au profit du témoignage réel auprès des pauvres, des souffrants, des militants de l’humain, des persécutés pour la justice, des « modestes »…
Jésus se présentait aux gens de Nazareth en disant ce qu’il allait faire : guérir, libérer, réconforter les pauvres… et ainsi leur porter la bonne nouvelle de son Père. C’est aussi avec ces consignes qu’il a « envoyé » ses disciples. Il les a appelés d’abord à la mission. Et c’est peu à peu, avec sa présence et sans doute leurs confrontations en groupe, qu’ils ont progressé dans la « communion » des esprits et des coeurs. L’évangile de Jean le rappelle souvent mais c’est qu’après 70 ans de fonctionnement les communautés chrétiennes connaissaient des tensions. Il faut toujours s’y attendre… mais sans se polariser là-dessus, au point de tenter d’en faire l’axe central d’une pastorale ! C’est la mission au nom de Jésus qui produira, sans illusion, la communion.
Loïc Collet