La Jeunesse Ouvrière Chrétienne prépare une Rencontre Nationale de ses membres, à La Courneuve, le 2 mai 2009. Les responsables de la Région Bretagne ont demandé à Yvonne Leray, accompagnatrice d’une équipe d’ados à Vannes (Morbihan), de présenter sa manière de travailler avec des jeunes dans ce mouvement.
Voici la 1ère parie de son exposé : Les Rencontres en équipe.
La 2eme partie est un autre texte qui suivra celui-ci (voir ci-dessous).
Les rencontres en équipe
A - Démarrage de l’équipe en Septembre 2007
J’ai connu ces jeunes par le foot, par le voisinage, par des relations avec des familles.
J’ai invité William et Yoann au camp d’été des ados. A partir de là, on a décidé de se retrouver avec Baptiste, qui n’est pas du quartier.
Nous choisissons les mardis, de 18 à 19h. Il faut inviter des copains. Nous nous retrouvons à 4 : William, Yoann, Baptiste, Philippe. 2 ou 3 autres s’ajoutent de temps en temps.
Nous nous réunissons d’abord dans mon appartement. Mais, étant donné l’agitation du groupe, je comprends vite qu’il faut trouver un lieu où « ça ne craint pas ». S’asseoir autour d’une table pour parler de ce qu’on vit à l’école avec les copains, c’est difficile, très difficile.
Que va-t-on faire ensemble ? Ils me donnent une idée. Ils ont vu quelques tableaux dans mon appartement. Ils me disent : « Tu pourrais nous apprendre à peindre ».
B - D’une étape à l’autre
1 - J’ai entendu leur demande : « Tu pourrais nous apprendre à peindre ». Mais je propose de commencer par la carte de relations.
Une grande feuille à chacun… et nous faisons « l’araignée » de nos relations !
Ils sont surpris d’avoir tant de copains. Il y a même un petit concours, à qui en aurait le plus !
(J’observe que faire ce simple dessin les a calmés. Je leur demande ce qu’ils veulent faire à la prochaine rencontre. La demande de peinture revient. J’hésite. J’ai peur pour les murs…)
2 - Je propose de faire, avec de la terre à modeler, le visage d’un copain. Le visage, c’est le thème de la JOC.
Ils hésitent à se lancer, ils essaient de jouer avec les boules de terre, puis ils s’y mettent. J’encourage, j’admire. Ils prennent plaisir à malaxer la terre.
Chacun réalise un visage. William transperce le visage qu’il a fait… Je lui demande « Pourquoi transpercer ? ». « Je n’aime pas ce copain » dit-il.
(Ce qui compte, quand on crée, ce n’est pas le résultat. C’est ce que vit celui qui crée, parce qu’il se crée à travers cela.)
3 - Je me demande comment leur faire découvrir ce qu’est la JOC et comment leur donner des mots pour en parler à d’autres.
Je propose que chacun « pose » à son tour et que les autres le dessinent. Pas d’hésitation ! Ils se reconnaissent dans les dessins faits par les autres de l’équipe. Ils sont reconnus, ils sont contents.
4 - A la rencontre suivante, chacun est invité à faire une affiche à partir de photocopies de silhouettes
(déjà réalisées), à disposer ces silhouettes sur une grande feuille et à écrire sur cette affiche la devise de la JOC « Entre eux. Par eux. Pour eux ».
On se répète cette devise, on essaye de comprendre ce qu’elle veut dire.
(Le fait de se dire ces paroles entre nous, c’est comme s’il y avait un souffle de confiance qui leur tombait dessus.)
5 - Enfin une proposition venant d’eux, lire la lettre de Guy Moquet, d’avant sa mort.
Baptiste arrive avec le texte de la lettre. Il raconte aux copains qui était ce jeune, ce qu’il a vécu. Il en avait été question dans son collège. Tous sont attentifs.
(Partir de témoignage permet de nourrir l’équipe.)
6 - On s’assoit devant une question : Quels sont nos désirs, nos rêves ?
Je note : « Vivre dans un château avec beaucoup de filles » - « Une table bien garnie »
« Beaucoup d’argent » - « Partager avec les pauvres d’Afrique »
« Footballeur professionnel. » (Mike s’est invité avec l’équipe.)
(Je rappelle qu’il faut inviter des copains.)
7 - A la rencontre suivante, chacun dessine ses rêves.
(Difficile pour Baptiste de dessiner des euros. Plus facile, un château avec des filles ! )
8 - Nouvelle proposition : Philippe demande qu’on l’aide à écrire une lettre à sa petite copine. On parle beaucoup des petites copines dans l’équipe.
(Nous faisons la lettre ensemble. Pas facile de trouver des mots autres que ceux qui circulent entre garçons. La lettre restera sans suite. )
9 - A la rencontre suivante ils souhaitent peindre le visage de la petite copine. Tous s’y emploient. Sauf un d’eux, pas intéressé, il s’exerce à faire des tags.
(Cela nous prendra 2 rencontres.)
Je leur propose de lire un texte d’amour. Je lis un extrait du Cantique des Cantiques. Ils se mettent à rire et me disent : « Mais ce n’est pas comme ça qu’on parle ! ».
Je leur fais remarquer que les belles choses de la vie, il faut les dire avec de beaux mots.
(Il faut semer des mots, on ne sait pas comment ça poussera.)
10 - Carême ? Une réalité inconnue, sauf pour Baptiste qui prépare sa confirmation.
Nous parlons alors de Carême Solidarité. Qu’est-ce que cela veut dire ? Un grand mot. Mais on s’expliquera sur le mot après avoir réalisé ensemble une tapisserie solidaire, c’est-à-dire une tapisserie où chacun peint à son tour, en respectant le travail de l’autre et en peignant en complémentarité, après les précédents.
11 - Conflit latent entre 2 membres de l’équipe : B. « l’intello » et P. en échec scolaire.
Je demande à un copain le texte d’un conte. C’est l’histoire du roi des rats qui veut « marier sa fille avec le plus puissant de la terre ». Or ce n’est ni le soleil, ni le nuage, ni le vent, ni le mur… qui est le plus puissant de tous. C’est le tout petit rat qui ronge le pied du dernier prétendant, le mur !
Je lis l’histoire et je propose de faire une bande dessinée.
P. en échec scolaire réussit son dessin. Il est heureux. Il est félicité. Il n’est pas nul partout ! A partir de ce moment-là les tensions sont moindres entre lui et celui qu’il appelle l’intello.
(Je constate que cela leur plaît d’écouter une histoire. Je pense qu’il faut aussi une certaine homogénéité dans les équipes.)
12 - L’écoute d’une histoire plaît. Nous reprendrons un autre conte de Gougaud. C’est le conte de l’arbre qui a des branches qui portent de bons fruits et des branches qui portent de mauvais fruits. L’erreur des habitants de ce pays est de décider de couper les branches qui portent des mauvais fruits… car l’arbre en meurt !
(Ce conte permet un échange sur l’ivraie et le bon grain dans la vie.)
13 - Le 1er mai approche. Nous explorons ensemble des affiches de la CGT. C’est pour eux une découverte des revendications des époques passées.
Puis je les invite, à partir des visages observés sur les affiches, à dessiner d’autres visages qui crient les revendications d’aujourd’hui. Et à les mettre sur les lèvres des personnages.
14 - Il y aura ensuite plusieurs rencontres pour élaborer un sketch qui sera présenté à une rencontre avec d’autres ados dans une ville voisine.
Le sujet choisi par eux est intéressant : « Le fils de Mr. Borlo ne travaille pas à l’école ; le ministre est convoqué au lycée ».
(Difficile mise en place. Tous veulent vivre tous les rôles. Et ils n’arrivent pas à s’entendre sur le texte, il est nouveau à chaque rencontre ! Ils ne pourront pas donner le sketch. Dommage…C’est un type d’activité que je n’ai pas travaillé…)
C - Pause de l’été
Proposition d’un camp d’été 2008. De nouveaux jeunes y viennent, de notre ZUP et d’une autre ZUP. Ils apprécient le camp.
D - Reprise de l’équipe après les congés
L’équipe se modifie. Yoann, un pilier de l’équipe, a déménagé dans une autre commune. Baptiste arrête sa participation en novembre (il habite assez loin de notre local et il ne trouve peut-être plus autant d’intérêt : il est différent des autres par son éducation, sa culture, il est seul de son genre.) Par contre il y a trois autres qui tournent autour de l’équipe (Céline, Yanis, Marine). Ils vont participer à la rencontre du 22 décembre. L’équipe tient.
( A suivre : Accompagnateurs en JOC (2) )
Yvonne Leray