Tu t’en vas culbuter tête bêche
au bord du prisme des couleurs.
Où est la cité des vivants
où le lieu n’étouffe pas
où la durée n’épuise pas
où le néant ne nargue pas ?
Un jour tu deviendras cristal en ton désir.
Un jour tu seras prophète
et l’horizon se soumettra à ta lucidité.
D’image en image tu gagneras la terre ferme,
d’un bond à l’autre, d’ici à là-bas tu iras.
De tes blessures tu faisais des chemins
et de tes proches des passages
qui ne s’égarent qu’une fois, pour la pause.
Tu entendais la pierre pleurer,
la chair tenir conversation.
Quand le chant se brisait
tu reprenais la prose quotidienne
et un rideau se relevait en bord de scène.
Tu tenais à deux mains les contraires,
le dire, le faire, le poème entre les deux.
Le poème à la pointe, ex-haussé,
car nul n’est plus petit que sa belle parole.
Nul n’est fasciné par la mort
s’il est l’ami de l’ombre où croît l’épi,
s’il apprend la survie du rhizome.
Il bondit au sommet du peuplier,
arrose le cœur de la comète,
plonge ses mains dans l’étoile rouge
et enfièvre la terre de son feu.
Il lance sa vieille coque sur la mer
jusqu’à l’île où verdit l’olivier,
où les vents répondent aux lettres des poètes
et cajolent les rêves éblouis.
Loïc Collet