RIRES AU JARDIN

Elle s’est assise sur un banc, au bord de l’allée dans le jardin public. Il était temps qu’elle arrive là, les deux sacs au bout de ses bras pesaient terriblement lourd. Et elle avait  encore plusieurs rues à traverser et surtout l’escalier à monter jusqu’à son cinquième étage.

Elle a posé ses sacs sur le gravillon de l’allée et elle ferme les yeux. Et voilà que dans le silence du parc, s’élèvent des voix d’enfants, des cris. Sont-ils là, auprès d’elle ? Ou sont-ils ailleurs, dans ses rêves ? Elle ne sait pas. Mais elle les entend. Des appels, des exclamations, des rires, surtout des rires.

Elle sait que ce ne sont pas ses rires à elle. Elle en a eu tellement peu, de ces rires d’enfant. Quand elle commençait à rire, il y avait toujours quelqu’un qui disait : « Il n’y a pas de quoi rire ! ».  Quand il manquait quelque chose à la maison, et c’était fréquent, elle entendait dire : « On ne va pas rire aujourd’hui ! ». Et, un jour qu’elle riait quand même de bon cœur, un pauvre d’esprit lui a demandé : « Pourquoi, quand tu ris, tu montres tes dents comme ça ? ».

Elle serre les paupières sur ses yeux clos. Elle ne voit rien. Elle ne sait pas ce qui fait rire les enfants. Mais elle les entend. Et ce sont tous les rires mort-nés de son enfance qui se réveillent et lui font la fête.

                                                                Loïc Collet

Laisser une réponse