I - Situation du texte biblique, Exode 3 v.1-15, dans le Premier Testament
Ce texte se trouve dans le premier ensemble des livres de
Il y aurait 4 « documents-source » : le document « yahviste », du début de l’époque royale (10e siècle), œuvre d’écrivains du sud d’Israël ; le document « élohiste », produit dans le royaume du nord aux 9e-8e siècles, avec des accents prophétiques ; le document du Deutéronome, au temps du roi Josias à la fin du 7e siècle ; le document sacerdotal, de prêtres de Jérusalem exilés en Babylonie au 6e siècle.
Cette théorie documentaire est contestée actuellement à cause du flou de la datation et des contradictions dans la coordination des éléments. Les exégètes d’aujourd’hui préfèrent la théorie dite des « fragments » : il y aurait eu, au départ, des traditions indépendantes l’une de l’autre, des mises par écrit partielles, des petits ensembles scripturaires. Par exemple, pour le cycle des origines du monde, l’histoire des divers patriarches, la réception de la loi au désert…
On peut ainsi admettre qu’il y a eu un « fragment » sur les origines de Moïse. Il est repris dans le livre de l’Exode aux chapitres 2, 3 et 4, et joint à d’autres fragments qui racontent la libération d’Egypte et la marche au désert. Le texte du « Buisson ardent » fait partie de ce fragment des origines de Moïse.
II - Révélation à Moïse et mission
A ) Le lieu : le désert et la montagne (verset 1 )
Moïses est seul dans le désert. Mais dans ce vide il va se trouver en face d’un être, Dieu.
La montagne de l’Horeb ne peut pas être placée dans le « pays de Madian », plus à l’est en Arabie actuelle. Parler ici de l’Horeb, qui est au sud du Sinaï, c’est déjà annoncer ce qui se passera ensuite pour le peuple hébreu : il y rencontrera son Dieu et recevra
B ) Le signe : le feu qui ne s’éteint pas ( versets 2 et 3 )
Le sens de l’image « feu » n’est pas ici celui qu’il aura plus tard, dans les deux sens opposés : le feu de la destruction ( colère de Dieu, vengeance , mort… ) et le feu de l’amour « dévorant ». Le feu qui ne s’éteint pas est l’image de ce qui demeure dans le vide du désert, la présence vive de Dieu.
C) La rencontre (versets 4 à 6 )
- Le nom étant la personne entière pour les Sémites, dire le nom d’une personne, c’est la connaître, en être le maître. Puis ce nom « Moïse », d’origine égyptienne, permet d’introduire dans le texte un terme non-hébraïque. Dieu appelle qui il veut. Il y a des alliances qui précèdent celle du Sinaï.
- Ce n’est pas un homme qui appelle, c’est celui qu’on n’est pas digne d’approcher. Ou plutôt ici : on n’est pas digne de fouler « sa » terre. Ainsi le désert n’implique pas seulement une présence divine, il devient une terre éminemment sacrée.
- Le premier nom donné à Dieu était celui de « dieu des ancêtres » : le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob. C’est le titre traditionnel dans tous les clans de la région, chaque clan ayant ses ancêtres, et donc son dieu.
- Avant de dire son nouveau nom Dieu exprime ce qu’il ressent. L’originalité de ce texte est de présenter Dieu comme sujet à des sentiments et même à de la souffrance.
La question des affects en Dieu a couru tout au long de l’histoire des religions. Les religions extra-bibliques ont prêté volontiers à la divinité les sentiments humains ( colère, jalousie, bienveillance… ). Avec les ambiguïtés de l’anthropomorphisme. La réaction des philosophes ( grecs en particulier ) a été de débarrasser Dieu de ces sentiments et de le poser par l’intellect, pur, immobile et insensible.
D ) L’envoi ( versets 8 à12 )
- Il y a une initiative divine qui va provoquer de l’histoire pour l’homme. Cela se dit mouvement de « descente » de Dieu et mouvement de « montée » d’un peuple vers une terre.
- La destination est indiquée par les noms de certains peuples. Quelques uns sont repérables : les Cananéens ( sur place, avant les Hébreux ), les Jébusites ( à Jérusalem ), les Amorites ( probablement des Cananéens). Les Hittites ont laissé quelques souvenirs de leurs invasions. Les Perizittes et les Hivvites ne sont pas repérables.
- L’adresse à Moïse se fait dans le genre littéraire des « appels de prophète ».
On y trouve le nom du prophète dans la bouche de Dieu, le sentiment d’impuissance de l’appelé, la garantie de Dieu (« Je suis avec toi »), et une preuve particulière ( ici : Ton peuple viendra plud tard sur cette montagne de l’Horeb ).
E ) Le nom nouveau ( verset 13 à 15)
Après la vieille dénomination ( de Dieu des ancêtres ) le texte de l’Exode amène le nom nouveau : Yahvé. Pour ce terme, le plus pratique serait de lire la longue note dans
III - Enjeux théologiques ( pour une racontée éventuelle )
- Le vide et la présence
- Le feu, image de Dieu ( l’autre image, fréquente, celle de l’eau, est absente ici ).
- Les noms successifs de Dieu ( depuis celui qu’utilisaient nos parents à celui de l’expérience intérieure de chacun )
- L’envoi vers des peuples, avec le soutien de Dieu, et la marche avec d’autres.
Loïc Collet