La fédération des Réseaux des Parvis ( 68 rue de Babylone 75007 Paris ) vient de publier ( Déc. 08) un hors série de leur revue, sous le titre : « Foi d’aujourd’hui…Valeurs de demain ? ». Il a été rédigé par l’association « Chrétiens Libres en Morbihan » ( CELEM), née en 1995 après l’éviction de Jacques Gaillot. Son objectif est de « témoigner de ce qui peut déterminer le devenir du message chrétien… Ce monde sera-t-il significativement marqué par la parole libératrice des Béatitudes, par la volonté de Jésus Christ de mettre l’homme debout ? » (op.cit.p.4).
Regard sur les valeurs
Les premières pages de la plaquette rappellent à grands traits l’évolution récente du monde, avec sa démographie, l’organisation de l’économie et des pouvoirs politiques, les structures sociales et particulièrement le rôle des femmes, la mise en danger des équilibres de la nature, la tension entre un monde qui finit et un monde qui se produit, le heurt entre le chaos comme « lieu de tous les risques » et le don de l’Esprit, du Logos, du Christ Bonne nouvelle.
Si l’on rejoint le vécu de nos contemporains, qu’est-ce qu’ils apprécient ? Qu’est-ce qui les fait vivre ou qu’ils aimeraient vivre ? Un chapitre, intitulé « Sondages » (op.cit.p.17 à 22) rapproche deux listes de valeurs.
La première liste est le résultat d’un sondage de 2007 sur « les valeurs à transmettre aux enfants ». L’ordre des réponses donne : Honnêteté (63%) - Respect d’autrui (63%) - Goût du travail (59%) - Tolérance (45%) - Sens de la famille (40%)… - Foi en Dieu (4%) !!!
La deuxième liste, provenant des Réseaux des Parvis, énumère 5 valeurs, dans l’ordre suivant : 1 - Fidélité à l’Evangile 2 - Priorité à l’humain et aux chemins d’humanisation 3 - Impératif du dialogue 4 - Solidarité, fraternité 5 - Recherche spirituelle et quête de sens.
Même si les deux listes ne sont pas homogènes on aperçoit des écarts importants…
Quelle foi ?
Les 5 valeurs qui viennent d’être citées ne caractérisent pas de la même manière la foi chrétienne. Trois d’entre elles, au moins, peuvent être largement partagées par des non-chrétiens : priorité à l’humain, dialogue, solidarité. Par contre les deux autres ( fidélité à l’évangile, et quête de sens ) peuvent nous déplacer vers le domaine spécifique de la foi.
Quel est ce « spécifique » ? Il semble apparaître dans les ruptures que le Christ a opérées dans les « valeurs généralement reconnues » (id.p.24), en particulier en trois domaines : le pouvoir, l’argent, le « moi d’abord ». Est-il aussi clair dans la tâche que les Chrétiens d’aujourd’hui se donnent volontiers : « travailler avec d’autres… (au) progrès de l’humanité », avec des apports du côté de l’espérance, de l’utopie et du pardon ? (id.p.24).
Pour situer cet agir chrétien, il faut un temps d’arrêt sur « l’identité chrétienne ». Un rédacteur de la revue essaie d’articuler le sujet chrétien et son vis-à-vis divin : « Notre identité, c’est une croyance, une conviction particulière qui s’accompagne d’une religion. Cette conscience implique une initiative divine qui passe par nous mais est au-delà de nous ». Les principaux éléments sont positionnés : le croire, le rapport foi-religion, l’initiative de Dieu, la transcendance. Puis l’auteur précise : cette foi répond au besoin de sens et embarque dans la relation au Christ mort et ressuscité.
Un autre rédacteur reprend ce qu’il appelle le « Kérygme », l’affirmation première : « Christ est mort et ressuscité ». Il y voit la réalisation d’un « projet de Dieu ». On peut discuter cette expression « projet de Dieu ». Pas seulement en contestant l’incarnation du Verbe comme aboutissement d’un « projet », mais surtout en se gardant de voir le terme de l’existence humaine comme « divinisation ». On sait que les théologies orientales s’expriment souvent de cette manière. Mais la grandeur de l’homme est suffisamment reconnue dans l’Alliance qui lie Dieu et l’homme : il ne sera pas divinisé, mais aimé infiniment par Dieu comme homme.
La foi sera vécue sur les deux modes (intériorité et extériorité). Du côté de l’intériorité, ce sera le mouvement de confiance ( deux belles pages sur la confiance : p.33 et 34). Du côté de l’extériorité, ce sera l’activité pour que le monde, dans toutes ses relations, se conforme peu à peu à ce que Jésus de Nazareth a vécu avec les gens et ce qu’il exprime comme désirs, par exemple dans les Béatitudes.
Transmettre
Le mot « transmettre » suscite beaucoup de méfiance, comme si les rédacteurs de la revue avaient plutôt souffert de ce qu’on leur a transmis. A moins que la souffrance ne porte pas d’abord sur ce qui a été transmis mais sur les relations qui ont joué dans la transmission, en particulier avec une Eglise digne de reproches. Il y a une rude pente à remonter.
Un point de départ peut consister à entendre le théologien Maurice Bellet fonder toute transmission comme réponse à un besoin premier : « l’homme est un être de faim » (id.p.38). Ensuite on peut faire le détour par une urgence qui n’est guère contestée aujourd’hui : nous devons léguer aux générations à venir une « terre habitable » ( ce qui est en phase avec le livre biblique de
Sur ce chemin de l’estime pour le cosmos, on peut éveiller « des hommes et des femmes … (à) l’émerveillement… », peut-être à la « foi au Créateur… (à) l’adoration… (à) l’agenouillement devant tout vivant… ( et de là à une ) mobilisation générale de nos énergies, et prise de responsabilités nouvelles et urgentes pour éviter l’Apocalypse » (id.p.42 à 44).
Plus largement, le désir est de transmettre le « message chrétien ». Il ne faut pas s’attendre à trouver ici les grandes articulations de ce que pourrait être une catéchèse d’adultes. Le travail est à faire… ailleurs. Après quelque notes sur Jésus et sa parole dans les évangiles, ce sont des considérations sur l’authenticité du témoin qui incarne sa foi dans le quotidien, sur le respect de la liberté de l’autre, sur la confiance envers ceux qui sont déjà « engagés dans la société, dans les associations de justice, de solidarité, de charité… Royaume de justice et de paix… Signe de l’Esprit de Dieu sur la terre » (id.p.46-47).
Alors la foi est proposée comme « étincelle de confiance dans l’amour divin et humain… (à) l’image d’un Dieu père tout amour » (id.p.47). Au point qu’une rédactrice de la revue ne craint pas de parler de « séduction », si la séduction c’est « rayonner la joie, la force, laisser transparaître la puissance de séduction du Christ » (id.p.48). Elle rappelle que la présence joyeuse de Dieu dans le Chrétien était appelée, en grec, « enthousiasme ». Elle espère que si le Chrétien travaille à la paix du monde et au bonheur des hommes, il donnera « envie aux hommes et aux femmes de (le) rejoindre, de répandre à leur tour
Loïc Collet