SOLITUDE
Sur la rue, Monsieur Mondieu hésite à s’avancer.
Il guette, sur un visage au moins, un tout petit éclair.
Mais on a oublié son nom. Pourquoi le saluer ?
Quelqu’un lui dira-t-il : « Ah vous êtes encore là ? »,
comme à la vieille femme qui mendie devant le supermarché :
« Vous n’avez pas trop froid à rester là ? ».
Monsieur Mondieu a rendez-vous avec dame Solitude.
Comme la feuille tombée de l’arbre dans la boue,
l’enfant à la porte de l’orphelinat,
l’amoureux éconduit,
la bouche d’eau qui s’épuise dans le caniveau.
Mais rester enfermé chez lui ? Il en mourrait.
DESIR
A ses treize ans les étoiles le séduisaient, des soirées entières.
Les points de lumière estoquaient le vide de la nuit.
Un an plus tard, il sombrait dans les failles de l’âme,
à peine titillé par une trace de désir.
Il a effacé Dieu de son chemin entre les astres.
Le trouvera-t-il dans le labyrinthe de son Ariane ?
ETERNITE
Ce qu’il aimait ne durait pas plus qu’un instant.
Relancer sans cesse l’amour, son coeur parfois y manquait.
Alors il sortait de son portefeuille un poème transcrit naguère.
Dans l’instant en éclats il se dressait. Parole invaincue par le temps.
Parole verte. Dieu sortant, au matin, comme l’époux de sa tente.
BEAUTE
Il s’appelait le « philogyne ».
En toute femme il voyait plus large que son admiration.
Il allait vers Dieu par un double chemin,
celui du philanthrope, celui du philogyne.
Le charme de Dieu était plutôt du côté philogyne.
C’est de ce côté-là qu’il boitait.
LEGERETE
Il tenait son enfant sur le bras,
c’était le poids de sa charge de père.
Il tenait sur sa main celle de sa femme,
c’était le poids de la gravité amoureuse.
Il tenait sur sa main le souffle de l’air,
c’était le poids d’un lendemain pressant.
Il tenait sur son cœur une ombre de Dieu,
Le poids n’était que légèreté, l’approche d’une fleur.
Loïc Collet