L’arrivée, en 2004, d’une majorité de gauche au Conseil Régional de Bretagne a modifié, en plusieurs domaines, l’affectation des fonds publics aux besoins de la Région. C’est ce que veut montrer la plaquette « Bretagne à gauche. Eléments de bilan 2004-2008 ». Cette plaquette est rédigée par les 8 conseillers régionaux qui y représentent le Parti Communiste Français et qui y sont membres de diverses commissions.
Leur positionnement est clair en trois secteurs qu’ils veulent marquer. D’abord, l’aménagement du territoire (breton) par les biais de 21 « contrats de pays » où se retrouvent élus, syndicalistes, représentants d’associations, conseils de développement… et où on peut « mieux résister aux mécanismes désastreux d’un libéralisme qui poursuit les concentrations et les délocalisations selon les règles du profit maximum » (op.cit.p.4). Deuxième secteur : la défense des services publics qui s’oppose au « non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux… numerus clausus pour la formation des médecins… mauvaises conditions de travail et faibles salaires pour les soignants… asphyxie des hôpitaux… » (id.p.5). Troisième secteur (mais sans résultat !) : la propriété de la terre. En 2004 la région Bretagne avait projeté de créer un « Etablissement Public Foncier ». Il est toujours à l’état de projet : « On constate un blocage certain de la part de l’Etat », dit le rapport (id.p.5).
Eléments du Budget
Si l’on se réfère aux dépenses consignées au budget 2008, trois secteurs d’activité reçoivent les trois quarts des financements régionaux : les Lycées (26%), la Formation Professionnelle (24%), les Transports (23%).
Lycées
Lorsque l’Etat a transféré aux régions la charge des lycées, il a promis des compensations financières. En fait, elles s’avèrent insuffisantes et les suppressions de postes d’enseignants décidées par l’Etat les diminuent encore. « La région (Bretagne) a donc financé des postes sur ses propres ressources et a proposé d’unifier les statuts des différents personnels en matière de prestations sociales, de salaire, de formation » (id.p.15). La baisse des crédits versés par l’Etat (34% des ressources totales de la Région) plombe particulièrement ce secteur.
Formation
Transports
Par contre, pour la politique des Transports les auteurs du rapport se donnent un beau satisfecit : « Notre approche est vraiment une philosophie pure de service public ayant pour toile de fond une conception du progrès qui ne vaut que s’il est partagé par tous » (id.p.16). C’est que le développement du rail en Bretagne est un succès. Que ce soit la part locale de la réussite française qu’est le TGV, que ce soit surtout la hausse du trafic du TER de 34% en 5 ans ! ( Il est vrai que le transfert à la Région des Ports et Aéroports, tout récemment, donne par contre des inquiétudes aux gestionnaires actuels…). Il reste que les 23% des finances régionales pour les Transports ont plutôt de bons effets !
Emploi
Après ces 3 secteurs où la Région s’efforce de maintenir l’emploi (avec plus ou moins de bonheur !) il y a une quatrième tâche qui dispose de 11% des ressources. C’est le « Développement Economique - Emploi ». On sait bien qu’en ce domaine les capacités des régions sont modestes, face à la fragilité de l’emploi, à la ténacité du chômage. Il n’est pas trop difficile de mettre en place un « Conseil pour l’égalité ( homme-femme au travail) ». Il est assez facile aussi d’accorder des aides financières aux entreprises qui accepteraient la « Charte de partenariat de la qualité de l’emploi » (meilleures conditions de travail, qualification, dialogue social…). Il est plus efficace encore de gérer les fonds, surtout d’Etat, pour développer la compétitivité de la Région autour de ses 5 pôles : « Mer », « Images et Réseaux », « Agroalimentaire », « Automobile haut de gamme » et « Viande et produits carnés ». Une évaluation en 2008 nous assure qu’il y a eu création d’emplois de ce côté et développement des PME.
Les autres domaines d’intervention de la Région (Tourisme, Culture, Sports, Solidarités) ne sont pas négligeables pour certaines catégories qui peuvent en profiter (travailleurs saisonniers, jeunes, étudiants, petits propriétaires…). En même temps c’est là aussi que l’on retrouve de grands débats de société : favoriser les hôteliers ou les saisonniers exploités ? une culture avec de l’argent public ou avec les dons des mécènes ? le sport pour tous ou pour une élite ? le logement social ou le logement de marché ? Le Conseil Régional de Bretagne est traversé par ces débats. Ses choix financiers en sont un peu le reflet, avec le refus du libéralisme et une certaine attention aux défavorisés.
Loïc Collet