EXPOSITION DU VIDE

La matière fait parler.

Il faut « partir de la matière » dit Marion, notre accompagnatrice dans la recherche en arts plastiques.

 

 

Du papier-film 

 

 

 Un rouleau de papier film traîne dans mon matériel. Cette matière ne me plaît pas. Elle m’agresse même. Pourquoi ne pas tenter de créer à partir d’elle ?  Son contact va peut-être me faire parler.

 

 

L’homme du vide

 

 

Voilà qu’elle commence à me parler de vide, de bulle, d’enflure, d’écume, de transparence…

Je me mets à la froisser, à lui donner forme. Surgit un personnage que je nomme le « Petit Branché-Débranché » (sans mains, ni jambes) : un personnage impuissant malgré toute la présence qu’il peut avoir dans les médias. Ses paroles : du vide, du vent.

En septembre et octobre 2008, au moment où nous recommençons nos recherches en arts plastiques les médias ne cessent de parler de la crise financière.

Le papier-film, entre mes mains, aspire à devenir des peaux sur du vent. Mais comment réaliser cela techniquement ?

 

La consistance du rien

 

Je  ne vois pas bien. Peut-être faut-il utiliser du fil de fer pour donner structure et stature au papier-film ? Je me mets à enrouler du papier-film autour du fil de fer. Alors, sort de mes mains un squelette, symbole de la mort. Peut-être celui du système économique qui s’écroule devant nous et répand la peste du chômage, de la misère.

 

L’idole

 

Je reviens au papier-film froissé qui me parle à présent de Mammon, l’idole de l’argent, et de sa bave qui s’étend sur le monde. Il me prend alors l’envie de le représenter avec des cornes, symbole de puissance, en ce moment où les tenants du capital écument d’impuissance. La bulle (financière) devient successivement bave et écume : la « Bave de Mammon ».

 

La descente aux enfers

 

Mammon descend aux enfers entraînant dans sa chute les serviteurs du pouvoir financier : les politiques impuissants (ectoplasmes sans mains, sans pieds), les traders (voleurs qui se volatilisent ? anges déchus ?) C’est ce qui semble jaillir de mes mains, qui poursuivent leur combat avec le papier-film.

 

Les Mouches Compassionnelles

 

Je me détourne, pour un moment, du papier-film et je travaille à présent avec des fils plastiques que je triture. Dans ma recherche hésitante, ils diront l’inquiétude des politiques  devant les  effets de la crise. Alors naissent celles que j’appelle les « Mouches Compassionnelles ». Ce sont les femmes que les politiques, à défaut de prendre des décisions efficaces, envoient pleurer sur le malheur des gens. Devant elles, s’agglutinent  les « Evidés », les ventres-creux.

 

La mise en scène.

 

Les Evidés se rassembleront autour du squelette pour une veillée mortuaire, quand il nous faudra réaliser l’exposition de notre groupe d’arts plastiques, après le 3 Juin 09. Ils occuperont le fond de la scène. Mammon et les trois ectoplasmes, de la même matière que Mammon, se tiendront au milieu. Les Mouches Compassionnelles, à droite, survoleront le spectacle. Les traders, à gauche, descendront en chute libre. Et Qohélet, le sage biblique, dénonciateur des grandes illusions, se tiendra à la distance nécessaire

 

J’éprouve alors l’envie de quitter le papier-film et de reprendre le papier kraft que j’aime travailler. Je veux sortir du vide, du vain, toucher le réel. Ceci me conduit à retrouver Qohélet   et à le faire parler : Hével ! Hével ! Du vent. Tout est vent, poursuite de vent. Tout est vain , vanité des vanités. Mais lui, Qohélet, il est d’une autre matière, il est corps, chargé de paroles, témoin et acteur de l’histoire.

 

                                                            Yvonne Leray

 

 

( Voir le blog d’Yvonne Leray : www.artrecreation.canalblog.com )

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