L’AUTRE

L’homme est ouverture à l’Autre. Mais notre inconscient, héritier de la violence animale nécessaire à la survie, est porté à voir l’autre d’abord comme agressif et dangereux et donc comme quelqu’un à contenir, voire même à éliminer.

 

Freud a attiré notre attention sur cette pente du psychisme. Il a même imaginé que cette violence intime serait la trace de l’affrontement primitif avec le père et du meurtre nécessaire pour que les fils existent à leur compte. Ainsi Freud a bien marqué la modernité en tirant la religion du côté de la défense de soi devant la toute puissance dangereuse de Dieu. Une toute puissance que nous envions et à laquelle il faut renoncer pour ne pas se substituer au père. 

Cela explique pour une part que, dans la modernité, Dieu apparaît d’abord comme un être dangereux, interdisant à la libido de s’exprimer. Il apparaît comme un adversaire de l’homme plutôt qu’un partenaire pour son épanouissement et son plaisir. 

Mais si l’homme se permet d’affronter Dieu vu du côté de ces interdictions, en particulier dans le domaine sexuel, il se sentira fortement pris dans la culpabilité. La culpabilité lui semblera même être le fruit de la religion. Pour dissoudre cette culpabilité il semblera nécessaire à beaucoup d’exclure la religion elle-même. 

Cette polarisation sur l’éros contenu et contesté par le rôle du père ne correspond pas à la vision anthropologique du Christianisme. Les deux mouvements appelés par les mots grecs l’éros et l’agapè coexistent dans le psychisme. Mais l’histoire de chaque personne peut se cristalliser plutôt sur un pôle que sur l’autre selon les périodes de la vie. Il pourrait y avoir dans certaines vies un « malheur » de l’éros, c’est à dire de telles  blessures que l’amour semble inatteignable. 

La question du sujet, quel que soit le destin de notre éros, de ses perversions, de ses névroses, c’est : « Que vivons-nous sur la pente de l’agapè, de l’amour ? Comment ne pas laisser mourir la libido, le plaisir de vivre ? Et, pour le chrétien, comment entendre Jésus qui dit : « L’eau vive que je donnerai deviendra, en celui qui la reçoit, source jaillissante pour la vie éternelle » ? 

                                    Loïc Collet

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