HAUTE NUIT

 

Tu habites les ténèbres où s’agitent les bêtes.

Tu apaises en nous l’enfant qui a peur du noir et appelle,

l’enfant qui voit le masque-loup rôder autour du lit.

 

 

Tu te tiens armé contre les hanteurs des rêves,

contre les malfaisants qui se pressent avant l’aube.

Comme la garde renouvelée à chaque quartier de nuit

que tu maintiens éveillée et confiante.

 

Tu restes fidèle aux aveuglés,

aux maudisseurs du jour, aux négateurs des étoiles,

aux désaccordeurs de

la Lyre entre Hercule et le Cygne.

Vol soyeux de chauve-souris sur ton pas de veilleur

malgré les rebonds des cris sur les parois.

 

Tu es torche vive dans le défilé

où la ténèbre souffle de face,

où les traces sont élimées,

où la migration ne tient qu’à ta lueur.

 

Ce n’est pas de fureur que tu fermes les yeux

mais de chute en toi-même pour toucher notre cœur.

Tu te connais trop pour nous brûler les yeux

et nous imploser de ta gloire.

Tu mets ta main sur ton visage,

elle devient douce et supportable.

 

Nu de toute obscurité dans la salle de noce,

tu essuieras le khôl aux paupières du jour

pour le bleu qui tombe de ta mante royale.

Je nierai tous tes noms, les faux semblants,

et j’arriverai à l’aurore sans t’avoir humilié.

Tu clos les légendes des trépassés.

Tu es le passant d’outre-mort.

 

                  Loïc Collet

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