TEMPETE APAISEE

Ce jour-là encore, Jésus avait été reçu dans la maison de Pierre, le pêcheur, à Capharnaüm. Pierre avait amarré sa barque à un tronc d’arbre, au bord du lac, et avait suivi Jésus à la synagogue. Il la connaît bien, cette synagogue de sa petite ville. Mais il n’a jamais eu la possibilité d’y prendre la parole, il n’est qu’un pêcheur, un pauvre. Jésus, par contre, commence à être connu, car on dit qu’il guérit les boîteux.

 

Ce n’est pas de cela qu’il parle d’abord. Mais il répète plusieurs fois : « Vous avez entendu les anciens vous dire… Moi, je vous dis… ». Pierre, son frère André, d’autres compagnons de pêche aussi, n’en reviennent pas ! Jésus parle comme s’il venait de Dieu, comme s’il savait quelque chose de nouveau sur Dieu, comme s’il avait avec lui un nouvel avenir pour les hommes. Mais les gens se méfient. D’où vient-il, celui-là ? d’un village perdu de la campagne ? Où a-t-il appris ce qu’il dit ?

 

Quand il sort de la synagogue, Jésus demande à Pierre de détacher la barque. Ils vont partir de l’autre côté du lac. Ailleurs, ailleurs… Il y a tant de frontières à traverser pour lâcher les certitudes, les images de Dieu nouées dans le passé. Jésus sent tous les remous. Même si la mer est calme il la sent grosse de colère, de refus, de poussées mauvaises contre la parole neuve. Il en a mal au cœur. Il est troublé. Il se demande même si le trouble qu’il produit vient vraiment de Dieu…

 

Un autre jour, Jésus a longuement parlé sur la montagne. Mais certains auditeurs ne se sont pas contentés de paroles, ils voulaient des signes. Le pain partagé s’est multiplié entre leurs mains. Les gens ont mangé à satiété. Mais quelques uns encore ont demandé d’autres signes. Jésus leur a répondu : « Le vrai pain pour la vie, ce sera moi. Si vous ne me recevez pas comme une nourriture vous ne vivrez pas ». Alors là, plusieurs des disciples ont dit : « Ca suffit ! On te laisse… ». Et ils sont partis.

 

Quand Jésus est descendu, alors, de la montagne du côté de Tibériade pour embarquer avec Pierre, ce n’est pas le repos qui l’attendait, c’est le mugissement qui montait du fond du lac et le prenait dans ses rouleaux : « Ca suffit ! Ca suffit ! Cesse de nous tourmenter ! Nous savons qui tu es ! L’ami du prince des abîmes… ».

 

Quelques jours plus tard pourtant, Jésus revient de ce côté-ci du lac, près du village de Magdala. Il prend le repas chez un homme riche. Une femme entre dans la salle, avec toute la mauvaise réputation qui la précède. Elle verse du parfum sur les pieds de Jésus, elle les essuie de ses cheveux, elle les baigne de ses larmes. Et Jésus voit. Il voit le mal la quitter, comme si sept démons, l’un après l’autre, passaient le seuil de la maison… La femme qui a tant aimé, au-delà de toute frontière.

 

Quand Jésus reprend la barque, le ciel est sombre mais le visage de l’homme de Dieu est illuminé par le parfum et les larmes, par la femme sauvée des sept démons. Y a-t-il encore des puissances du mal dans les vagues qui secouent le bateau ? Jésus est assuré de ce qu’il a vu du côté de Magdala et de ce qu’il est. Il est assis à l’arrière du bateau, sur le cousin, et il s’endort. Que peut-il arriver quand c’est Dieu le timonier, celui qui tient le bateau face à la tempête ?

 

La tempête vient. Le vent souffle fort. Les vagues passent sur la barque. Jésus dort. Les disciples sont épouvantés, ils se croient perdus. Jésus dort. Le Cantique des Cantiques disait : « Je dors mais mon coeur veille ». Dieu veille. Le cœur de Dieu veille, Jésus le sait : « Pourquoi avez-vous peur ? ».

 

La tempête est venue. Le vent a soufflé. Les vagues sont passées. Dieu demeure. Plus fort que la mort. Plus soucieux qu’une mère. Plus fidèle qu’un ami. Plus Dieu que toutes les peurs.

 

( d’après Mc 4,35-41)                                          Loïc Collet

 

 

 

 

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