Mémoire de l’ermite devant l’arbre qui grandit,
Engeance des scieurs de long aux lisières des forêts,
Les noeuds se comptent dès la naissance des branches…
Qui sauvera le bois de la morsure du capricorne ?
Qui dressera la panne dans la charpente
Et engendrera la maison au forceps ?
Quand la nuit se met à pâlir et le gel à faiblir,
Les chevilles sont prêtes à l’assemblage et quelques hommes.
La vrille aussi des soupirs et des mots
Dans le silence du chantier et la plainte rengorgée,
Sur le sol à claire-voie de la colère
Avec le cerne de la peur aux yeux.
On a tranché les langues, le printemps est tombé des fronts.
Le marteau a glissé sous l’échafaudage,
Personne ne prend le temps de le rendre.
A peine un frémissement devant le maître.
Mais dans la bise et sous l’averse
Il n’est point de retour pour toi à la porte du chantier,
Même si parfois tu avoues : J’ai désiré m’enfuir.
Ta force a grandi de deux ans chaque année.
Une fiole d’huile coule sur vos blessures.
A vous les grains sanglants de la vigne et son nectar.
Que l’on vous fouette, votre écho ferait rougir le monde
Et vos plaies allument les nouvelles étoiles.
J’ai envie d’un âge mûr en toi, compagnon, dis-tu,
D’une amitié au bout de l’horizon comme une étreinte,
De ton épaule comme un cric, ta gorge une flûte,
Tes mains l’entretoise, ton rire la longrine.
Et vous planterez le bouquet sur la panne faîtière
Et le rouge-gorge chantera, griffure d’églantine.
Loïc Collet