PENTECOTE EN MORBIHAN

Le 31 Mai 2009, fête religieuse de la Pentecôte, des milliers de Catholiques du Morbihan se sont rassemblés dans les grands espaces du centre de pèlerinage de Sainte Anne d’Auray. Ils y étaient invités par l’évêque du lieu, Mgr Centène, pour participer à un « grand rassemblement festif » et pour entendre, de la bouche de l’évêque, la promulgation des « orientations diocésaines, fruits d’une réflexion qui a mobilisé pendant trois ans » le diocèse.

C’est en effet le terme d’une dynamique initiée par l’évêque en 2006, au moyen de ses prises de parole sur le thème « Communion pour la Mission ». Puis diverses rencontres, de groupes, de mouvements, de paroisses… ont permis à un comité de pilotage de dégager 8 mots-clefs qui sous-tendent « Mission et Communion » : Accueillir, Former, Changer notre coeur, Célébrer et prier, Proposer, Servir, Dialoguer, Communiquer. Enfin, avec l’intention, il y a un an, de réaliser un « projet diocésain missionnaire et pastoral », l’évêque précise actuellement ses décisions : « Notre Eglise veut préciser les contours de son image et définir les objectifs de son action ».

1 - « Les contours de l’image »

Les mots-clefs avaient chapeauté tout ce que les Catholiques du diocèse avaient pu exprimer de leurs manières de vivre et de croire, dans un rapport quelconque avec l’Evangile ou du moins avec l’Eglise. Il y avait là un matériau assez imposant qui donne une image réaliste de ce qui a du prix aux yeux des participants.

Tous ont donc été invités à montrer ce qu’ils font, et donc un peu ce qu’ils sont. C’est ce qu’on a pu voir et entendre dans les lieux, les « quartiers », correspondant aux mots-clefs et sous la présentation d’« animations ». C’est « Jésus à Capharnaum » : chants, danses, mimes, dessins, enfants, jeunes, handicapés, reporters, conseillers spirituels, itinéraires individuels, couples, groupes, associations, sportifs et clowns… Près de 150 animations, au gré de ceux qui pensent participer ainsi à « l’image » de l’Eglise.

Le rapport à la foi et à l’annonce de l’Evangile n’est pas toujours évident. Ainsi, mettre le quartier « Célébrer » sous le patronage de Saint Tarcisius ( un souvenir de notre enfance ? ), le quartier « Se former » sous le patronage de Sainte Marie-Eugénie Milleret ( qui est-ce ? ), le quartier « Dialoguer » sous le patronage de Saint Yves ( parce qu’il était avocat ? )… Par contre, rapprocher Saint Paul et la tâche de « Proposer », ça, c’est « du lourd » ! Mais, pour les participants, l’important, ce n’est pas la rigueur, c’est le plaisir de partager quelque chose, les grands comme les petits.

2 – Le Projet

On peut imaginer qu’il y eut quelques débats dans le comité de pilotage pour passer des 8 mots-clefs aux 4 orientations finalement choisies : une Eglise qui accueille, une Eglise qui prie, une Eglise qui fait grandir, une Eglise qui rayonne.

- Tout d’abord, il ne s’agit plus d’un vocabulaire que l’on pourrait employer pour tout homme de bonne volonté qui veut accueillir, ou servir, ou dialoguer… Il s’agit de l’Eglise elle-même qui est convoquée autour de 4 termes : Accueillir, Prier, Faire grandir, Rayonner. Fini le vagabondage à travers les goûts des gens !

- Chaque terme se trouve décliné en 7 orientations. Qu’est-ce qui justifie ce nombre et le contenu de chaque orientation ? Prenons l’exemple du premier terme « Accueillir ». Il est associé à : regard bienveillant sur le monde, proximité avec les démunis, respect des différences, dialogue avec les autres croyants et autres cultures, solidarité… Oui, et encore ?

- On peut se réjouir tout de même que le projet diocésain commence par « ACCUEILLIR »… L’avenir est ouvert. Par contre, conseiller comme points d’appui de ce thème les deux textes de Vatican II « Dei Verbum » (

La Parole de Dieu) et « Nostra Aetate » ( Réflexion sur notre temps), c’est basculer tout d’un coup du côté de quelques rares théologiens… à moins qu’ils trouvent les mots pour traduire…

- Le 2e terme « PRIER » est plus clair, si on pense aux célébrations liturgiques, comme l’indique la référence au texte du Concile sur

la Liturgie. Mais qu’en est-il de l’invitation à « la prière sous toutes ses formes » ? Peut-être les échanges là-dessus viendront plus tard…

Le 3e terme « FAIRE GRANDIR » amène enfin l’Eglise à se décentrer d’elle-même en direction de « la vie humaine » à laquelle elle est appelée à « donner du sens ». La référence, décalée jusqu’ici, au texte « Gaudium et Spes » de Vatican II (« L’Eglise dans le monde de ce temps ») rappelle que par ce texte le Concile s’articulait au monde de son temps et s’efforçait de le comprendre, de discerner ses dynamismes et ses attentes, et de « l’accompagner… dans toutes ses dimensions à la lumière de la foi ». Ce travail est, à nouveau, à faire aujourd’hui, pour notre société et notre humanité actuelle. Eglise-pour-le-monde : attitude primordiale du Christ incarné. Ne faudrait-il pas l’avoir dès le début du projet ?

Le 4e  terme « RAYONNER » demandera beaucoup d’éclaircissements : Qu’est-ce que « témoigner de notre espérance » ? Qu’est-ce que « interpeller le monde » ?

3 - Les étapes de la mise en oeuvre

Chaque objectif est proposé pour une année entière.

Mais le 1er objectif sera celui de la 2e année, le 2e objectif, celui de la 3e année etc… Car la 1ère année est encore une année de « lancement » ! Ainsi 3 ans de préparation n’ont pas suffi. Il faut encore mettre nos objectifs en réserve pour les 4 années qui commenceront en 2010, et actuellement concentrer l’attention des Catholiques du diocèse sur l’intérêt « théorique » du projet d’ensemble, sur sa « dynamique ». Etrange proposition qui rappelle les interminables échanges, dans de nombreuses administrations, sur la méthodologie, la fiabilité, les exigences prévisibles des projets…avant tout début de réalisation !

Après donc cette année de lancement et les 4 années de mise en oeuvre, une année encore est prévue pour le bilan : « Quel chemin parcouru ? Quelles réussites et quelles perspectives pour l’avenir ? ».

Ne nous effrayons pas de ce vocabulaire d’entreprise. Chaque année, au moins à son début et à sa fin, sera marquée par des rassemblements festifs où l’on dira encore ce qu’il nous est plaisant de vivre comme Chrétiens, sans se préoccuper de vastes projets de spiritualité. Mais les Chrétiens apporteront-ils, ensemble, quelque chose à l’histoire du monde et à sa conversion à l’Evangile ?

                                                               Loïc  Collet

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