Dorian est entré à l’école maternelle il y a quelque temps. Le premier jour il a pleuré un peu, comme ses camarades d’aventure. Mais pour eux l’émotion n’a pas duré, ils s’agitent maintenant comme des lutins. Seul Dorian reste dans son coin. Si la maîtresse élève la voix il se rencogne un peu plus. Si elle passe à côté de lui, il s’écarte, comme si le danger le frôlait.
A côté de l’école il y a un centre où des ré-éducateurs reçoivent des enfants douloureux. Dorian y arrive, un jour, et voit un grand monsieur, avec une grosse boule de cheveux sur la tête et des mains comme des dessous de plat. Ce n’est pas cela qui l’inquiète mais plutôt les figurines tirées du placard. Surtout l’une d’elles : un loup tout noir, avec une queue en fils barbelés, une gueule débordante de crocs et une langue rouge, longue, rouge, longue…
Dorian se garde bien de la toucher, ni même de la regarder. Un jour, pourtant, il lui lance un regard de travers et du pied il le balance dans un coin. Puis, de temps en temps, il lui tape sur le derrière et éclate de rire : « Ouh ! le loup ! Ouh ! ». Mais le moment capital, c’est à la fin de la séance quand le ré-éducateur ramasse les figurines dans le placard. Dorian ne quitte pas la salle avant qu’il ait vu la porte du placard fermée sur le loup, la clef tournée dans la serrure et enfouie dans la grande poche du monsieur. Qui ajoute : « Tu peux aller, Dorian. Le loup ne sortira pas de là. Tu peux dormir tranquille ».
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Les manèges sont sur la place pendant un mois. Dès qu’il le peut Dorian va les voir. Surtout les chevaux de bois. Celui qu’il aime le plus ce n’est pas celui qui traîne le carrosse ou le char à bancs, ni celui qui a une houppe rouge sur son licou. Celui qu’il aime, c’est le cheval tout seul, les pattes dressées et les sabots sans fers. Et lui, Dorian sur la croupe, à cru, les mains agrippées à la crinière.
Mais demain, quand il reviendra, son beau cheval sera-t-il là ? Pourra-t-il repartir au galop, dans son rêve, sur un nuage qui monte et descend, et tout le reste, autour, qu’on ne voit plus ?
C’est pour cela que Dorian revient, le soir, quand le manège est arrêté. Il attend. Il attend que le marchand forain entoure le plateau des chevaux du filet de protection rouge et noir qui fait trois fois le tour. « Le cheval ne partira pas pendant la nuit » ? demande Dorian. « Non, répond le forain. Il ne pourra pas sauter par-dessus la barrière ». Dorian est rassuré. Le cheval ne l’oubliera pas.
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La maman a dit : « Dorian, n’ouvre pas la cage du canari. Tu ne pourras pas le rattraper. ». Dorian a pourtant remarqué que plus il approche de la cage, plus le canari siffle de bon cœur.
Il voudrait bien le caresser, au moins une fois. Il glisse la main à l’intérieur de la cage. L’oiseau fait quelques sauts d’une balançoire à l’autre, se pose sur la main immobile et lance une trille qu’il avait gardée en réserve.
Dorian siffle aussi entre ses dents, un peu comme il a entendu, et fait le tour de la cuisine. Le canari le suit, tantôt sur son épaule, tantôt sur le haut du buffet, tantôt dans les cheveux blonds blonds comme ses ailes. Et quand les deux amis sont comblés de musique, le canari retourne sur son perchoir, Dorian ferme la cage, selon ce qu’a dit la maman. Leurs chants traversent sans peine les barreaux.
Loïc Collet