Dans son ouvrage: « La chaleur du cœur empêche nos corps de rouiller. Vieillir sans être vieux » (Ed. Robert Laffont), Marie de Hennezel s’adresse à sa génération, celle des 55-75 ans, qui bénéficiera d’une tranche de vie supplémentaire par l’augmentation de l’âge moyen. Elle l’invite à inventer un nouvel art de vieillir, dans une société où la vieillesse est désignée souvent comme un « naufrage », un « désastre ». Des mots qui disent le dégoût, la peur que nous inspirent la vieillesse, la souffrance de vieillir et la mort. Une peur qui la saisit, elle-même, au début de la rédaction de son livre. Mais elle avertit que « le pire n’est pas si sûr », à certaines conditions.
Changer de regard.
C’est la première condition. Olivier de Ladoucette, gérontologue, qui voit des centaines de seniors par an, est catégorique : « Les gens ont peur de vieillir parce qu’ils souffrent du regard que l’on porte sur eux. Ils ont l’impression d’être laids, inutiles, un fardeau pour la société ». (op.cit.p.65). Un impératif s’impose à tous : « rester jeune » et pour cela faire appel, s’ils le peuvent, aux progrès de la cosmétique et à la chirurgie esthétique ou bien se cacher.
Mais des hommes et des femmes témoignent d’avoir fait le deuil de la beauté objective de leur corps et manifestent qu’on peut être « ridé » et « radieux » à la fois.
Prendre des initiatives.
Il est de la responsabilité de tous de faire fleurir un peu partout des initiatives qui surgissent çà et là dans le monde. Par exemple, les « Cafés des âges » qui permettent des rencontres entre générations, les « Cercles des aînés », pour transmettre aux plus jeunes un savoir sur la vie, les « Anti-maisons de retraite », vrai rempart contre le repli sur soi, les « béguinages nouveau style », les « maisons des babayagas », lieux de solidarité entre seniors, etc… Les politiques sont conscients du problème que représente un vieillissement massif de la population, mais cela ne dispense pas les citoyens de lutter pour que les bonnes idées, les bons plans, soient réalisés.
Trouver les clefs pour bien vieillir.
- Le bonheur de vieillir se conquiert.
Tous, quelles que soient notre histoire, notre personnalité, nos croyances, les stratégies de vie opposées, nous pouvons apprendre à bien vieillir : « Vieillissant on change, et pas toujours pour le pire » (p.138). « La plupart des seniors qui m’entourent, remarque notre auteur, rêvent d’être des vieillards rayonnants, ‘ rassasiés de jours ‘ comme il est écrit dans la Bible » (p.139). Vieillir est un véritable travail. Le philosophe, Robert Misrahi, estime qu’il faudrait éduquer à cela les personnes âgées.
- Accepter de vieillir
Une forme de dépression accompagne souvent le moment où l’on réalise que l’on passe du côté des « vieux ». Cette dépression est bénéfique, c’est une étape nécessaire pour mûrir autre chose. Notre énergie vitale nous pousse vers l’avant. On mûrit tout au long de son existence, mais il s’agit de « se mettre complètement au monde avant de disparaître », dit Michel de M’uzan. S’accomplir, permettre à son Soi, à son être essentiel, de se manifester, parfaire son être. « Chacun a en lui l’image de ce qu’il doit devenir. Tant qu’il ne l’a pas réalisée, son bonheur n’est pas parfait » disait Angelus Silesius.
- S’apaiser.
« Il est important de mettre de l’ordre dans sa vie avant de quitter la scène du monde … Il est possible que l’entrée dans la démence sénile ait un lien avec le fait de ne pas être en paix avec son passé » (p.150). Ce travail d’apaisement peut être fait avec un thérapeute qui permet de rentrer en relation avec les forces de l’« ombre ». « De nombreuses infirmités sont l’expression d’un refoulement, d’une somatisation de choses retenues depuis des décennies… » (p.152).
- « Habiter avec soi ».
Vivre une solitude belle et courageuse, celle des sages, des saints, des philosophes. Si elle « décape », « dépouille », « elle révèle le fond de l’être qui est d’or ». Le cœur ne vieillit pas. Beaucoup d’octogénaires en témoignent. « Vieillir, c’est grandir » : Robert Misrahi soutient cette vision dynamique de la vieillesse. Il insiste sur « la fécondité du temps ». D’où l’appel à la médecine de « travailler au meilleur maintien possible des forces de vie puisque la joie d’exister est un bien absolu » (p.162). Mais la médecine ne fait pas tout. Misrahi réclame « une mutation de la conscience », « une conversion de l’esprit », pour « renaître à la vie lorsqu’on est très âgé » (p.162). La vieillesse n’est pas alors un « naufrage » mais l’occasion d’une véritable renaissance.
- Vieillir et jouir encore.
L’auteur fait un long développement sur la sexualité des personnes âgées, un tabou dans notre société. « Entre exhiber sa sexualité, la montrer en vue d’obtenir sa reconnaissance, en faire l’objet d’un combat politique, et la nier, la brimer comme on le fait encore trop souvent, il y a un juste milieu à trouver : le respect de la vie intime de l’autre » (p.184). Certaines voies spirituelles peuvent ouvrir des chemins nouveaux dans la manière de vivre la sexualité à tout âge.
- Cheminer vers la maturité.
La tâche de ceux qui avancent en âge est de rentrer en relation avec leur être profond. Cette mise en relation se fait par « le lâcher prise ». (Un juste exercice de la respiration dans lequel on s’ouvre et on se referme, on se donne et on se reprend, on s’offre et on se recueille produit une détente profonde). Le travail de vieillir s’accommode aussi de la méditation qui permet de descendre dans sa crypte intérieure. Se poser là, percevoir le corps « que l’on est », allège les souffrances du « corps que l’on a ». Jouir de se sentir exister et s’émerveiller de toutes les choses qui autour de nous perdurent.
- Savoir mourir.
La génération du papy-boom ne se pose pas la question de ce qui l’attend au-delà de la mort. L’angoisse vient plutôt « d’une confrontation impossible ou douloureuse avec le bilan de la vie ». « La perspective de disparaître définitivement, de se dissoudre dans le néant, est d’autant plus effrayante que l’on ne sait pas vraiment pour quoi on a vécu « (p.216). La mort apparaît comme un gouffre quand la vie est vue comme inaccomplie. Cette peur de la mort touche presque toutes les personnes, à moins que l’on termine sa vie entouré de personnes qui se sont engagées à vous accompagner. Faire confiance en l’humanité des personnels soignants. Des personnes demandent à être aidées à mourir, c’est une manière de tester l’entourage, c’est aussi une manière de choisir la confiance.
Conclusion
L’auteur reprend des paroles de Christiane Singer à l’approche de la mort : « Quand il n’y a plus rien, vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide, comme on le croirait, pas du tout. Je vous jure, il n’y a plus que l’Amour ». Elle ajoute : « J’aurais tant aimé vivre, vieillir, continuer à bercer le monde ».
Yvonne Leray