SE CONTER DES BATAILLES

Il est né dans une plainte et la plainte a grandi.

Elle précédait les mots, elle justifiait les coups,

elle ne tempérait même pas les blasphèmes.

L’humiliation a laissé dans l’air des brisures,

des ailes d’infirme, des lèvres boursouflées.

Dans les rencontres aux carrefours la rue craquait

comme des branches mortes sous les pattes des fauves,

dans les temps de brume où sortent les loups.

 

Il n’avait pas peur de la nuit,

il avait peur du rêve,

peur des moisissures qui gagnent les caves sans vasistas,

peur du silence, des pieds glacés, du coeur en cendre.

Peur d’être gelé à force d’être seul,

d’être nu à force d’être dépouillé,

d’être troupeau à force d’être fouetté.

 

Il disait parfois : Je vais partir…

Mais s’il partait, jamais une île ne surgirait du parking ?

Jamais un Vendredi menacé de mort ne pourrait accoster ?

Jamais une fleur n’éclorerait au balcon ?

Jamais l’écho des pierres lointaines ne le surprendrait ?

 

Il est resté…

Entre les murs et la poussée des vents,

entre les silences et les batteries des orchestres souterrains,

entre le vide sur sa paume et la main qui lui est offerte.

Il s’est fait conter des batailles où les gens de pied l’emportaient.

Il a formé sa langue en reprenant l’écho, comme le prophète.

A force d’être pétri de peuple et de béton,

il a même mis en réserve la poésie

pour faire contrepoids au béton et donner souffle au peuple.

 

Comme tout poète est bègue d’impatience,

il se conte, le soir, la plus belle histoire, sa dernière journée,

loin des averses de fer et sous la chute d’un pétale.

 

                                    Loïc Collet

 

 

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